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Le Canon EOS 5D Mark III, un boîtier repensé et plus polyvalent

L’ EOS 5D fut le premier reflex numérique full-frame « abordable » annoncé par Canon en 2005. Un boîtier sommaire associé à un capteur de 12 Mpix permettait enfin un passage au numérique intéressant pour les photographes experts et professionnels. Ceux-ci étaient alors peu désireux d’investir dans des reflex APS-C à la qualité d’image moyenne à l’époque, aux viseurs ridicules et au coefficient de focale difficile à appréhender. Le 5D se positionnait parfaitement, initiant une nouvelle gamme qui permettait d’exploiter pleinement le potentiel de la gamme d’objectifs EF.
3 ans plus tard, la marque annonçait son successeur : l’EOS 5D Mark II devenu extrêmement populaire chez les photographes pour ses 21 Mpix mais également chez les vidéastes pour sa capacité à filmer en Full HD et obtenir des rendus incomparables grâce à la taille de son capteur et sa qualité d’image notamment en basse lumière.
Ces deux boîtiers sont aujourd’hui très utilisés par les photographes professionnels qui disposent d’une bonne qualité d’image pour un prix intéressant dans une gamme pérenne qui ne se renouvelle que tous les 3 ans.
Cependant, sur ces deux 5D, Canon a toujours mis l’accent sur la qualité de son capteur, oubliant au passage l’ergonomie générale et reprenant des fonctionnalités de boîtiers de gamme inférieure. L’annonce du Canon EOS 5D Mark III cette année représente à ce titre un changement majeur dans cette stratégie.

Canon EOS 5D Mk III

Finie la montée en pixels, pas de vidéo 2K ou 4K cette fois. La marque rouge a décidé de se concentrer sur l’ergonomie de son boîtier et ce n’était vraiment pas un luxe. Autant les Mk I et Mk II étaient des boîtiers loués pour leur qualité d’image, autant ils étaient connus pour leur autofocus très limité et peu précis ainsi que pour leur ergonomie peu aboutie. Deux défauts qui ont enfin été corrigés.
Une ergonomie repensée
La première nouveauté que l’on remarque dans une utilisation courante est le niveau de finition supérieur au Mk II : poignée mieux dessinée facilitant la prise en main, revêtement plus agréable. La seconde est le changement de place de l’interrupteur. Après 6 années à allumer son appareil de la même façon, il faut maintenant penser à actionner le bouton on/off près de la molette des modes, ce qui est plus logique.
Le bouton « lock » de la roue codeuse ne disparaît pas pour autant mais peut à présent être réorienté vers une autre commande de blocage grâce aux fonctions personnalisées. Cette personnalisation se retrouve d’ailleurs dans quasiment toutes les touches du boîtier.
Ainsi, dans ma pratique, je n’utilise que rarement le bouton de test de profondeur de champ qui a d’ailleurs enfin été replacé de façon à être utilisable avec les longues focales. J’ai donc simplement redéfini sa fonction.
La bague de sélection de mode est enfin verrouillée par un bouton poussoir. Finies les premières images réalisées dans un mode non souhaité parce que la molette a tourné malencontreusement dans le sac. Personnellement, je ne travaille qu’en manuel et apprécie donc de ne plus avoir à constamment vérifier le mode dans lequel l’appareil se serait déréglé. Les utilisateurs avaient tellement émis de critiques sur ce défaut que Canon propose via son SAV d’effectuer une modification hardware pour corriger ce problème sur le 5D Mk II et le 7D. Reste le bouton du correcteur dioptrique encore trop facilement modifiable par inadvertance.
Canon EOS 5D Mk III

Les commandes liées au réglage de l’ouverture et de la vitesse d’obturation sont enfin inversables via les menus. Ça permet de régler l’ouverture grâce à la molette près du déclencheur et la vitesse par la roue codeuse arrière. Les menus ont d’ailleurs été repensés et une touche info permet enfin d’obtenir des explications sur chaque fonction.
Un autre changement important concerne le nouvel emplacement des commandes de loupe lors de la lecture d’image : une commande par la molette près du déclencheur ressemblant à l’ergonomie Nikon. Il est possible de prérégler le niveau de la loupe lors du lancement de la commande. Pratique car certains photographes souhaitent vérifier rapidement le bruit ou la netteté à la lecture et ont besoin d’un zooming puissant tandis que d’autres se contentent d’un grossissement plus léger pour vérifier la qualité globale de l’image.
Au passage, le ratio de l’écran de contrôle passe en 3:2, plus pratique et agréable mais malheureusement il n’est pas orientable, ce qui est vraiment dommage car la visée par l’écran est très intéressante dans certaines situations. La résolution passe à 1 040 000 points contre 920 000 pour le Mk II et le rendu colorimétrique est très bon.
On peut désormais afficher deux vues côte à côte en mode lecture et un classement très pratique par étoile est proposé. Il est compatible avec la majorité des logiciels dont Lightroom. Avec un écran de bonne qualité et de nouvelles fonctionnalités, le Mk III permet donc de commencer un éditing de son travail en amont.

Canon EOS 5D Mk III

Un autofocus précis améliorant nettement la qualité des images
La qualité d’image du 5D Mk III se révèle intéressante. On ne sent pas des progrès fulgurants au niveau du capteur même si la gestion des basses lumières s’est bien améliorée. Le Mk III permet d’atteindre 25 600 ISO en natif et 102 400 en mode étendu. La dynamique est bonne et le rendu colorimétrique fidèle à ce que sait faire la marque depuis quelques années. C’est d’avantage au niveau du piqué que le rendu diffère de ses prédécesseurs et ce pour une raison simple : l’autofocus.
En effet, en utilisant le Mk III, on redécouvre franchement la qualité de ses optiques qu’on peut du coup estimer sous-utilisées sur les Mk I et Mk II.
J’ai rebasculé récemment ma gamme optique Carl Zeiss en monture Canon pour des raisons pratiques. Je poursuis un travail personnel en piscine et la MAP manuelle est impossible en caisson. J’étais donc obligé de réutiliser des optiques autofocus. Question de budget oblige, j’ai donc décidé de me séparer des optiques Carl Zeiss que je regrette pour leurs rendus et leurs bagues de mise au point si précises en vidéo.
Je dois par contre avouer que l’AF du Mk III atténue amplement mes regrets car les optiques USM Canon deviennent beaucoup plus précises grâce à lui. Les objectifs comme les 50mm f/1.2 L USM et 85mm f/1.2 L USM deviennent ainsi pleinement exploitables à pleine ouverture et les erreurs de mise au point se font rares.
Hérité du boîtier haut de gamme EOS 1D mk IV et non plus de la gamme inférieure, l’AF est extrêmement précis, le jour et la nuit avec les modules précédents. On passe de 15 collimateurs sur le Mk II à 61…
Revers de la médaille, sa personnalisation est poussée et les menus denses mais bien expliqués. Vous pouvez d’ailleurs télécharger le manuel de l’EOS 5D Mk III en français pour vous faire une idée du niveau de personnalisation de l’AF.
Personnellement, j’ai choisi de séparer la commande autofocus de la commande déclencheur, ce qui permet de déclencher à tout moment même si la mise au point n’est pas terminée. Le Mk III permet d’ailleurs de privilégier le déclenchement à la recherche autofocus via les menus, ce qui est un vraie amélioration sur ce point.
Le micro-ajustement de l’autofocus est toujours disponible et s’affine en proposant deux micro-ajustements pour les zooms, un à la position la plus large du zoom et l’autre à la position la plus serrée.
Le choix de Canon au niveau du module AF est donc très judicieux à ce niveau et permet enfin d’exploiter tout le potentiel du capteur et des nombreuses optiques de la gamme.
Un visée optique plus précise mais perfectible
Le viseur a été également modifié. Il passe à une couverture 100%, fini les recadrages en post-production à cause d’un élément gênant dans l’image invisible lors du déclenchement. Ce viseur est dit « intelligent » et contient de nombreux circuits électroniques. Comme sur les boîtiers Nikon, la luminosité du viseur est assistée par la batterie. Sans alimentation, la visée s’assombrit.
Un quadrillage peut être affiché sans changer le verre de visée. Pratique et économique mais il ne sera par contre plus possible de changer le dépoli pour un verre à stigmomètre par exemple.
Canon EOS 5D Mk III

Il est d’ailleurs dommage que Canon n’ait pas compris l’intérêt qu’il pouvait tirer de ce quadrillage qui aurait pu représenter des ratios différents du 3:2 et enfin proposer une visée optique au format carrée ou 6:7 par exemple. Cette option est disponible pour la visée par l’écran mais pas par la visée optique.
De nouvelles fonctionnalités rendant le boîtier plus polyvalent
Au niveau du miroir et de l’obturateur, un vrai effort a été réalisé sur le bruit du déclenchement. Plus métallique, il devient plus discret. Un mode silencieux est proposé et je pense qu’il devrait convaincre à lui seul certains photographes de passer du Mk II au Mk III, notamment pour les photographes de spectacles et les reporters. Le déclenchement dit « silencieux » ne produit qu’un bruit discret, feutré. C’est d’ailleurs le mode que j’ai choisi de régler par défaut. En revanche, le temps d’obturation de la visée reflex augmente alors et la cadence images diminue.
Cette cadence a été améliorée (6 images par secondes contre 3,9) et rend le boîtier beaucoup plus polyvalent en l’ouvrant à la photographie de sport, domaine où ses prédécesseurs étaient très peu à l’aise. L’apport du processeur Digic 5+ y est pour beaucoup.
Plus anecdotique, un mode exposition multiple fait son apparition, permettant de reproduire plusieurs images sur un seul et unique cliché sans avoir à passer par un logiciel. Les nostalgiques de l’argentique apprécieront.

Un niveau est proposé à l’utilisateur par la visée optique ou par l’écran. Pratique pour la photographie d’architecture par exemple et plutôt précis de ce que j’ai pu en juger.
Par contre, la fonction intervallomètre reste toujours impossible à réaliser sans la chère télécommande TC-80 N3. Une des dernières stupidités héritées des anciens boîtiers et qui ne changera pas cette fois. Malgré cet oubli, le Mk III devient un appareil plus complet et conviendra à de très nombreuses applications photo, ce qui est loin d’être anodin car de nombreux photographes experts et même professionnels sont aujourd’hui équipés d’un unique boîtier. La notion de polyvalence est donc primordiale.
Le Mk III propose un double slot carte mémoire CompactFlash et SD. On peut ainsi doubler la capacité de prises de vues. On peut également enregistrer pour une même image un fichier Raw sur une carte et un Jpg sur une autre. Encore une fois, tout est configurable.
Bémol important, le port SD n’est pas compatible avec la norme UHS (ultra high speed) permettant des débits de transfert théoriques de 104 Mo par seconde. La vitesse d’écriture de ces cartes sera donc bridée, ce qui est vraiment décevant pour un appareil à ce prix. Le reflex supporte par contre la dernière norme de transfert UDMA 7 pour les cartes CompactFlash. Les photographes de sport, adeptes des rafales, devront donc privilégier l’utilisation de la CompactFlash à la SD.
La trappe d’accès aux cartes mémoires a été redessinée et semble plus solide.
Canon EOS 5D Mk III

Au niveau des fichiers, on peut enfin changer le nom initial des images et plus uniquement le nom du dossier. Les infos « auteur » et « copyright » insérées dans les informations Exif sont enfin modifiables par le menu boîtier, plus besoin de passer par le logiciel dédié. Il en est de même pour les fichiers Raw enfin exportables en Jpg directement du boîtier.
Les batteries sont les mêmes que le 5D Mk II, 7D, 60D (LP-E6)… Un bon point. L’autonomie est excellente, elle a été considérablement améliorée par rapport au Mk II. Un nouveau grip est proposé mais je n’ai jamais aimé l’embonpoint et le manque de discrétion induit par cet accessoire.
Une fonction vidéo améliorée par petites touches
Au niveau de la vidéo, je n’ai pas encore eu l’occasion exploiter pleinement ses fonctionnalités mais la prise casque est une vraie amélioration. Par contre, Canon oublie de fournir le câble HDMI pour visualiser les vidéos directement sur un téléviseur Full HD… La roue codeuse devient tactile pour changer des réglages sans gêner la prise de son. Top !
Un mode All-I (compression image par image) fait son apparition mais pas de sortie non compressée contrairement au concurrent Nikon (edit 04/2013 : Canon propose finalement une mise à jour firmware autorisant entre autre une sortie HDMI non compressée).

Autre amélioration : le 5D Mk III n’est plus limité à 12 minutes d’enregistrement. Il passe à 30, ce qui est quand même plus confortable à l’usage notamment pour les interviews.
Canon EOS 5D Mk III

un boîtier équilibré mais des fonctionnalités oubliées et un prix élevé
Au final, ce boîtier représente une vraie évolution car il vient combler les nombreuses lacunes de ses prédécesseurs. L’ergonomie a été profondément remaniée, la personnalisation des touches et menus poussée, la visée, l’autofocus et la cadence images améliorées. Tous ces points permettent au 5D Mk III d’être plus polyvalent que jamais, adapté à tous les domaines photographiques, ce qui n’est pas un luxe quand de nombreux photographes n’ont plus les moyens de s’équiper de plusieurs boîtiers.
La résolution de 22 Mpix reste maîtrisable dans un flux photo et n’obligera pas les utilisateurs à changer leur configuration informatique contrairement aux nikonistes et leur excellent D800 à 36 Mpix.
La fonction vidéo a été améliorée par petites touches, satisfaisant opérateurs et monteurs.
Cependant, on garde l’impression que le 5D Mk II aurait déjà pu bénéficier de ces nombreuses fonctionnalités et que Canon aura mis du temps à écouter et faire remonter les griefs de ses utilisateurs. L’apport de l’autofocus laisse d’ailleurs le sentiment que les optiques L auront été sous-utilisées sur les précédents boîtiers.
On aimerait croire que ces nombreuses améliorations sont à l’origine du prix élevé auquel le produit est proposé (3299 euros boîtier nu en juin) mais ça reste difficile à imaginer quand on le compare à la concurrence. Le temps et la disponibilité du produit devrait rendre ce produit plus abordable et le Mk II reste au catalogue.
Et malgré ces nombreuses évolutions, il manque encore sur ce Mk III quelques fonctionnalités proposées par ses concurrents et même intégrées parfois dans des boîtiers Canon de gamme inférieure : un écran pivotant et tactile qui serait un vrai plus dans l’utilisation (à l’image de l’EOS 650D récemment annoncé), un viseur optique permettant l’affichage des formats différents du 3:2, une aide à la mise au point comme le focus peaking adopté par Sony, une commande intervallomètre incluse dans le boîtier, un port SD compatible UHS, une prise USB 3.0… Ce sera sans-doute pour son successeur, dans 3 ans…