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Tzuri Gueta : la silicone allée

Tzuri Gueta métamorphose le silicone en bijoux et textiles haute couture. Nous l’avons rencontré à l’occasion du Salon des métiers d’art et de la création*, à Paris.

Dans le monde merveilleux de Tzuri Gueta, les perles de sautoir ressemblent à des oursins, les bagues forment des roses des sables et des écailles, plus vraies que nature, plaquent leurs reliefs sur le col des robes.
Ses étoffes sculptées et ses bijoux attirent depuis quelques années les grands noms de la mode.
« Nous travaillons avec Jean Paul Gaultier, Stéphane Rolland et, depuis trois ans, nous faisons des recherches pour Balenciaga et Givenchy.
Les créateurs ont la maîtrise des textiles traditionnels. S’ils ignorent nos techniques, ils se les approprient vite. » Né en Israël il y a quarante-trois ans, Tzuri Gueta est ingénieur textile. Arrivé en France en 1996, il travaille avec Thierry Mugler, s’intéresse rapidement à l’alliance entre les textiles et le silicone, une matière « très proche de notre peau », d’après lui… Suite
* La fondation Ateliers d’art de France présente Révélations, le ­Salon des métiers d’art et de la création organisé au Grand Palais du 11 au 15 septembre 2013. C’est dans ce cadre que Tzuri Gueta a conçu une serre où se mêlent végétation de silicone et plantes vivantes.

Texte. Mathieu Labonde pour le Parisien Magazine

Tzuri Gueta

Tzuri Gueta

Tzuri Gueta

Tzuri Gueta

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Tzuri Gueta

Keffieh made in Palestine

Symbole de la cause palestinienne, le keffieh est aujourd’hui aussi un accessoire de mode incontournable. Les ventes mondiales explosent mais la dernière usine palestinienne basée à Hébron en Cisjordanie peine à faire face à la concurrence du « made in China »… Un sujet réalisé en collaboration avec le journaliste Simon Pittet.

Yasser Hirbawi dans son usine de keffieh à Hébron.


Sur un vieux fauteuil tassé par les années trône un vieil homme coiffé d’un keffieh noir et blanc. Il dort. Après un demi-siècle passé dans son usine, le fracas métallique des métiers à tisser ne dérange plus la sieste de Yasser Hirbawi. Tout au contraire. Joda, son fils, s’amuse : “c’est quand elles s’arrêtent qu’il se réveille.”
“C’est en 1960 que j’ai acheté mes premier métiers à tisser japonais et ils fonctionnent toujours. Je les avais fait venir par la Syrie” relate fièrement ce natif d’Hébron qui, à 80 ans, veille toujours sur son troupeau de machines bruyantes.
La première Intifada, une période extraordinaire
Les années suivant l’ouverture de l’usine, le nombre de machines et d’employés augmentent au rythme des affaires. C’est l’âge d’or du keffieh “made in Palestine” et rien ne peut arrêter la croissance de la “Hirbawi Textile Factory”. Pas même la première Intifada qui éclate en 1987. “À cette époque nous étions presque les seuls à occuper le marché”, explique Joda, le fils du fondateur. C’était une période extraordinaire. Tout le monde achetait nos keffiehs!”
De 1000 à 100 pièces par jour
Les choses ont bien changé en 2009. En deux décennies, la production s’est écroulée de 1000 à 100 pièces par jour. Des 70 collaborateurs d’autrefois, il n’en reste que 3. La plupart des machines se sont tues. “C’est à cause des keffiehs chinois! Il sont beaucoup moins chers.” se fâche le vieil homme. Et son fils de préciser: “Au débuts des années 2000, lors de la seconde Intifada, les produits chinois ont commencé à envahir le marché palestinien. Mais ça fait cinq ans que nous avons vraiment senti le changement.”
À la concurrence croissante des produits asiatiques – chinois mais aussi indiens – s’ajoute un rétrécissement des débouchés. Avec le verrouillage de la Cisjordanie, les Hirbawi ne peuvent écouler leurs marchandises ni dans la bande de Gaza ni en Israël. Joda constate :”le keffieh est un bien durable et le marché palestinien est totalement saturé. Seul les touristes en achètent encore. C’est vraiment difficile.”
Inaction de l’Autorité palestinienne
Ce qui révolte le plus Yasser Hirbawi c’est l’inaction de l’Autorité Palestinienne. Le vieil homme fait tournoyer dans ses mains un trousseau de clés imposant et s’indigne :”Ils auraient du mettre davantage de barrières à l’importation pour protéger l’industrie locale. Pour nous protéger!” Joda poursuit: “les produits chinois sont seulement taxés 17% à l’importation. Ce n’est pas suffisant.” Mettant en doute la fibre patriotique des dirigeants palestiniens Joda s’interroge : “D’où proviennent tous les keffiehs distribués ces jours-ci par le Fatah à son congrés de Bethléem? En tous cas pas de chez nous!”

Reportage multimédia : Keffieh « made in palestine »

Interprète. Qais Arafat
Photo. Joseph Melin
Vidéo/montage. Simon Pittet