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Les objectifs Zeiss ZE pour le reportage et le portrait

Choisir son parc optique est toujours pour le photographe un grand dilemme. Quel angle de champ ? Zoom ou focale fixe ? Grande ouverture ou compacité ? Intérêt de la stabilisation ? Aufocus ou mise au point manuelle ?…
Répondre à ses questions nécessite de connaître parfaitement son domaine de prédilection, son style photographique, sa « distance » face au sujet. Autant de raisons qui font que chaque photographe a des besoins différents.
Personnellement, j’utilise pour mes reportages comme pour mes portraits des focales fixes à mise au point manuelle Carl Zeiss : un Distagon T*21 f/2.8, un Distagon T*35 f/1.4 et un Planar T*85 f/1.4. Ces optiques sont en monture ZE, l’appellation Zeiss pour la baïonnette Canon EF 24×36. J’utilise ce parc d’objectif pour sa qualité optique, son « rendu » et sa finition.

Ouvrier forestier spécialisé en sylviculture (Lorraine). Planar T*85 f/1.4

Les surprenantes focales fixes Zeiss
J’ai découvert ces objectifs lors d’une visite au Salon de la Photo 2008. A l’époque, Zeiss venait juste d’annoncer la sortie d’optiques fixes en monture Canon. Il n’y avait que les Planar T*50mm f/1.4 et 85mm f/1.4 disponibles dans cette monture. J’ai été tout de suite étonné par la construction en métal des objectifs rappelant une autre époque, loin du « tout plastique » des autres marques. Une autre caractéristique m’a surpris : l’absence d’autofocus, un choix étonnant et risqué alors que les autres marques proposent des moteurs AF ultrasoniques sur leurs optiques.

Distagon T*35 f/2

Les différents fabricants d’objectifs

Equipé en Canon, je n’ai jamais été très emballé par les marques d’optiques concurrentes à la marque rouge comme Tamron ou Tokina par exemple. La plupart du temps, leurs optiques sont bonnes et moins chères que les deux ténors Canon ou Nikon mais la finition globale est souvent moyenne, l’AF plus lent et souvent bruyant même si ce dernier point est en train d’être corrigé.

La marque Sigma est une exception, proposant une gamme professionnelle de qualité : la gamme EX. Malheureusement, le photographe équipé en Sigma n’est pas assuré que ses optiques fonctionnent avec les futurs boitiers Canon ou Nikon. Une mise à jour du microprocesseur de l’optique est souvent nécessaire en SAV. J’ai appris récemment par Volkert Gilbert que ce fabricant est le seul à ne pas à ne pas avoir acheté auprès de Canon une licence du protocole de communication entre le boîtier et l’objectif, ce qui explique ces problèmes de liaison électronique qui sont rédhibitoires pour un photographe expert ou professionnel.

Ces différents défauts m’avaient poussé à m’équiper dans la marque du boîtier mais j’ai finalement décidé après réflexion et essais de passer en fixes Carl Zeiss.

Immeuble à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Planar T*85 f/1.4

Une finition remarquable

Les constructeurs ont aujourd’hui quasiment tous fait le choix du polycarbonate pour leurs objectifs, allégeant considérablement le poids du sac photo. Malheureusement la finition générale pêche fréquemment même sur des optiques dites professionnelles.
Zeiss propose une construction « tout métal », solide et rassurante. Revers de la médaille, les objectifs sont plus lourds et marquent rapidement en cas de coup ou de chute.
L’absence de stabilisateur peut être ressentie comme un défaut (notamment pour la vidéo) mais elle assure une plus longue durée de vie à l’objectif, la panne de cette pièce étant l’une des raisons les plus fréquentes de retour SAV pour de nombreuses marques.
Les pare-soleil (livrés avec l’objectif) sont en métal et revêtus à l’intérieur d’un flocage anti-reflets en velours. Ils sont bien taillés et se clipsent fermement. Il vaut mieux éviter de les perdre, ils sont très chers à l’achat séparé.
Les bouchons avant sont pratiques avec leur système de pince que Canon s’évertue à ne pas adopter contrairement à ses concurrents. On peut par contre leur reprocher leur faible épaisseur.
La finition Zeiss est excellente. On en attendait pas moins de la marque mais c’est en réalité l’usine de Cosina au Japon qui se charge de la production des optiques de la marque allemande. Cependant, le cahier des charges imposé par Carl Zeiss semble plutôt rigoureux.
Les contrôles qualité chez Zeiss sont d’ailleurs individualisés et certifiés, alors que Canon, comme Nikon, procèdent par échantillonnage, d’où parfois une qualité hétérogène dans une même série pour un même objectif.
Carl Zeiss fournit l’objectif avec bouchons avant-arrière, un pare-soleil et un certificat d’inspection général signé par un technicien de la marque. Dans l’idéal, une housse de protection pourrait être fournie.

Bruno Putzulu, acteur et chanteur français. Planar T*85 f/1.4

L’absence d’autofocus

J’ai essayé le 85mm sur mon Canon EOS 5D de l’époque et j’ai retrouvé l’agréable sensation de la mise au point manuelle. Je fais partie des photographes qui ont découvert la photographie quelques années seulement avant l’avènement du numérique. J’ai d’abord appris la photographie avec un appareil moderne avec un objectif à autofocus avant de découvrir la mise au point manuelle en utilisant un vieux reflex et un appareil à visée télémétrique.
J’ai toujours aimé ce moment où la photographie apparaît progressivement dans le viseur tout en tournant la bague de mise au point. Cet instant induit une vraie réflexion sur la construction de l’image.
Malheureusement, les optiques modernes ne permettent pas ce genre de plaisir, les bagues sont conçues pour corriger le point réalisé par l’autofocus le cas échéant mais elles ne le sont pas pour être utilisées en manuel à longueur de temps. Leurs tailles sont souvent trop petites, leurs courses sont faibles et peu précises, le revêtement peu agréable.

Les optiques Carl Zeiss ZE (Canon) sont conçues pour une mise au point manuelle : échelle de profondeur de champ précise, bague large taillée dans la masse, course longue avec une confirmation de mise au point dans le viseur grâce à un microprocesseur et des contacts électroniques qui communiquent les informations au boîtier. Cette puce permet également de changer la valeur de diaphragme par la molette boîtier, transmet la mesure TTL pour le flash et inscrit la focale utilisée dans les informations Exif de l’image (elle est l’une des rares pièces électroniques présentes dans l’optique). Zeiss a profité que les principaux brevets de la monture EOS soient tombés dans le domaine public pour sortir sa gamme ZE, simplifiée et pérénisée par l’absence d’autofocus. C’est en effet cet élément qui gêne tant Sigma, Canon changeant fréquemment son protocole pour protéger sa gamme.

Nikon n’est pas oublié avec les optiques ZF (sans communication avec le boîtier) et ZF.2 (avec microprocesseur).

Cette absence d’autofocus est la caractéristique la plus importante des objectifs Zeiss. C’est un vrai choix de la marque qui, par ailleurs, développe des objectifs fixes et zoom avec autofocus pour Sony en collaboration avec Tamron. Zeiss avait la possibilité de fabriquer des optiques autofocus mais c’est une technologie qui n’a jamais eu la faveur de la marque allemande car les objectifs vieillissent rapidement en usage professionnel et surtout les performances évoluent à la baisse avec l’usure.

Siège du Parti Communiste français réalisé par Oscar Niemeyer, Paris. Distagon T*21 f/2.8

La nécessité d’un bon viseur

Ce choix n’est pas anodin. Malgré la confirmation de mise au point, il va falloir utiliser des reflex avec de bons viseurs, ce qui élimine quasi d’emblée les reflex d’« entrée de gamme » et une grande partie des appareils non 24×36 (hormis quelques exceptions comme l’EOS 7D).
La confirmation de mise au point fonctionne sans problème mais il vaut mieux la calibrer pour la rendre plus précise (comme un AF classique d’ailleurs). Je vous conseille de vous fier au voyant de confirmation de mise au point (le rond vert situé dans le viseur en bas à droite près de la sensibilité ISO) plutôt qu’au clignotement rouge du collimateur central moins précis (peu utile et agaçant, je l’ai désactivé grâce à la fonction personnalisée C.Fn III-4).

Un verre de visée à stigmomètre serait évidemment le must mais Canon en a uniquement prévu pour la gamme 1D. Les possesseurs de 5D Mk II peuvent passer par des fabricants tiers (Focusing Screen ou Katzeye…) mais les retours d’utilisateurs sont plutôt mitigés. J’ai donc fait le choix d’installer un verre de visée « haute précision » de la marque rouge : le Eg-S (pour le Canon EOS 5D Mk II). Attention, ce verre est plus sombre et il est donc déconseillé avec des objectifs ouvrant moins que f/2.8. Il n’est pas parfait mais facilite déjà grandement la mise au point.

Edit 01/08/2011 : J’ai finalement sauté le pas et installé un verre de visée à stigmomètre Focusing Screen. Cette entreprise taïwanaise retaille des verres de visée d’origine Canon (Ec-B dédiés à la gamme 1D) et les ajuste pour le 5D Mk II. L’installation n’est pas évidente, il m’a fallu coller des « cales » livrées avec le verre pour placer le stigmomètre parfaitement au milieu du viseur tout en évitant au maximum l’entrée des poussières dans le chambre de l’appareil. Malgré ces difficultés, l’investissement vaut la peine d’être réalisé. A l’usage, le stigmomètre permet d’être beaucoup plus précis. Associé à la confirmation de mise au point, le nombre de photographies ratées pour cause de mauvais plan de netteté diminue de manière significative. Le verre que j’ai installé bénéficie en plus d’un quadrillage bien pratique. Il n’est donc plus obligatoire de choisir entre un verre à quadrillage et un verre dédié à la mise au point manuelle contrairement à ce que Canon propose. Carl Zeiss conseille d’ailleurs l’installation de ce type de verre de visée.

Il faut quand même avoir une bonne vue et penser à régler précisément le correcteur dioptrique de l’appareil. Après tous ces efforts, on parvient à une utilisation intéressante de ces objectifs, sans compter que la visée LiveView (visée par écran) permet aujourd’hui de vérifier facilement la netteté dans le cadre d’une utilisation sur trépied, cas fréquent pour réaliser une captation vidéo par exemple.

Une psychologue dans son cabinet à Paris. Planar T*85 f/1.4

Des objectifs taillés pour la vidéo

Zeiss n’a pas développé cette gamme par hasard. L’arrivée de la fonction vidéo sur les reflex a permis au constructeur allemand de se placer comme réel concurrent aux optiques Canon.
L’absence d’AF est en effet moins problématique en vidéo qu’en photo. L’autofocus en mode vidéo sur les HDSLR se résume à une simple détection de contraste. Il est souvent lent, peu réactif en basse lumière et donc quasiment inutilisable la plupart du temps. De plus, le moteur AF peut être bruyant, n’ayant pas été prévu à l’origine pour être utilisé en même temps qu’une captation sonore. Les constructeurs sont en train de plancher sur ces différents problèmes mais les optiques fixes manuelles restent le must pour un tournage.

Il faut des optiques à grande ouverture pour pouvoir travailler en basse lumière et avoir une profondeur de champ faible afin d’obtenir un rendu cinématographique. Seule une optique fixe propose ses qualités.

Côté « rendu » d’image, les objectifs Zeiss se caractérisent par un piqué excellent, un micro contraste élevé, une bonne neutralité des couleurs et un bokeh très doux grâce à un nombre important de lamelles composant le diaphragme, parfaits composants pour la vidéographie.
Il existe une vrai « signature » Carl Zeiss.
Au niveau optique, chaque focale a ses qualité et ses défauts. Des test ont été réalisés par Jean-Marie Sépulchre (25,35 et 85 mm puis 28, 50 et 100 mm) et plus récemment par le magazine Chasseurs d’Image pour les inquiets du piqué (n°331 février-mars).

Equipés d’un follow focus, les objectifs Zeiss sont d’excellents choix pour les vidéastes. Surpris comme Canon par l’adoption massive du 5D Mk II par le milieu de la TV Broadcast et du cinéma, le fabricant allemand a sorti une gamme Compact Prime 2 qui a la particularité d’avoir des montures interchangeable Canon/Nikon/PL. C’est en fait la gamme photo recarossée en version cinéma avec une course de mise au point de 360°, un diamètre constant sur toute la série et un iris de diaphragme à 14 lamelles favorisant les flous aux diaphragmes intermédiaires.

Les optiques Zeiss pour Canon et Nikon sont donc un excellent investissement pour un vidéaste équipé en HDSLR mais également pour un photographe prêt à travailler en mise au point manuelle et souhaitant capter des séquences vidéos de qualité dans le cadre par exemple d’un webdocumentaire. Le vidéaste choisira une baïonnette PL ou Nikon ZF (avec bague d’adaptation Canon EF) qui permet la variation de l’ouverture commandée par une bague de l’objectif. Les photographes choisiront la monture ZE avec commande de l’ouverture électronique.

Atelier De Ricou à Courbevoie, outils de précision pour nettoyer les décors peints. Distagon T*35 f2

Mes choix pour le reportage et le portrait

J’ai fait le choix de m’équiper dans cette gamme, en délaissant progressivement mes focales fixes et mes zooms L. Evidemment, les fixes Canon ont une solide réputation et un AF très rapide. Comparés aux Zeiss, ils sont plus typés « action ». Attention donc au moment du choix de bien connaître son approche photographique et la nécessité ou non d’avoir un autofocus. Il faut également prendre en compte le temps de changement d’objectif sur le boîtier qui peut être pénalisant à moins d’avoir plusieurs appareils et donc des optiques vissées à demeure.

J’ai commencé par acquérir le 85 f/1.4 qui est une optique exceptionnelle dans son rendu, idéale pour les portraits. C’est également l’optique la plus difficile à utiliser en raison de sa faible profondeur de champ à 1.4 qui ne pardonne aucune erreur de mise au point. Ses résultats optiques sont de très bon niveau avec un vignetage très faible, une distorsion quasi inexistante et une aberration chromatique bien maîtrisée. Moyen à pleine ouverture (caractéristique des optiques pour le portrait), le piqué devient excellent à f/2-f/2.8. La grande ouverture délivre un bokeh magnifique (très doux) et permet une utilisation en basse lumière intéressante notamment en reportage. Je reprocherai uniquement à cet objectif sa distance de mise au point mininum un peu longue : 1m.

Zeiss Planar T*85 f/1.4

Son prix (1229 euros) le place entre le Canon EF 85mm f/1.2L II USM et le Canon EF 85mm f/1.8 USM. A l’époque de mon achat (2008), il coûtait 200 euros moins cher.

Les prix des objectifs Zeiss ne cessent d’augmenter et l’importateur français de la marque, Phot&Us, a d’ailleurs annoncé une nouvelle augmentation de 5% au mois d’avril. Le nombre de revendeurs français de la gamme Zeiss était restreint en 2008 et ils sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux. A titre personnel, je suis toujours passé par lapetiteboutiquephoto.com qui propose d’excellents tarifs. Richard Frances, le responsable, est une personne passionnée, facilement joignable par téléphone et qui rend très agréable les transactions. La garantie contractuelle est de deux ans plus un an d’extension après enregistrement du produit sur le site de Carl Zeiss. Les envois sont rapides et le SAV est géré par Procirep, atelier sérieux basé à Paris.

Suite au 85mm, j’ai acheté un Distagon 35 f/2 , le 35mm étant ma focale favorite pour le reportage. Je possédais alors le Canon EF 35 f/1.4L USM mais je souhaitais homogénéiser le rendu de mes images et ai décidé de basculer chez Zeiss, quitte à perdre un diaphragme. J’étais très satisfait de ce petit 35 f/2 mais perdre un IL n’est pas anodin.

La marque allemande a sorti depuis un Distagon 35 f/1.4 qui remplace aujourd’hui son petit frère moins lumineux dans mon sac. Il est lourd et volumineux, loin de la version ouvrant à f/2 plus compacte. Il reprend le diamètre 72 mm de mon 85, ce qui est pratique pour les filtres et le bouchon avant.
L’ouverture à f/1.4 est un vrai bonheur pour travailler en basse lumière et obtenir une faible profondeur de champ. La visée est également beaucoup plus confortable avec une très grande ouverture qui facilite la mise au point. Le piqué est excellent, j’ai noté par contre la présence très importante d’aberrations chromatiques longitudinales (franges violettes hors zone de netteté) à pleine ouverture.

Zeiss Distagon T*35 f/1.4

Mon troisième et dernier fixe est le Distagon 21 f/2.8, un des objectifs les plus plébiscités de la gamme en raison de ses performances optiques (avec le fameux Makro Planar T*100 f/2) et du même coup l’un des plus chers. Au top optiquement pour un ultra grand-angle (le piqué est exceptionnel), cet objectif permet de travailler facilement en hyperfocale. Je commence d’ailleurs à l’utiliser pour le portrait. Ses défauts sont le poids, le diamètre de filtre de 82 mm (peu courant) et une distorsion en moustache assez étonnante (distorsions en barillet et coussinet combinées).

Zeiss Distagon T*21 f/2.8

Une approche différente

Les objectifs utilisés par les photographes ont un impact très important sur leur travail. Il est à ce titre intéressant de faire confiance à un fabricant et s’équiper d’optiques de même « rendu » pour homogénéiser son travail.

Avec ce trio, je me rends compte que j’aborde différemment mes sujets. Il y a d’abord le fait d’être en focale fixe qui oblige à prévoir au maximum son image, à penser sa photographie avant même de cadrer. La mise au point manuelle oblige, elle, un temps de cadrage important qui empêche de s’éparpiller et oblige à une grande concentration. Le fait d’utiliser des focales très ouvertes procure un grand confort de visée, permet d’éviter de monter trop rapidement en haute sensibilité et « d’accrocher » des photos impossibles et surtout offre un bokeh agréable, avec des transitions douces dans les flous.

Congrès du FN à Tours. Un adhérent du parti lit un journal de la PQR qui dévoile les résultats des votes. Distagon T*35 f/2

Je pensais me couper de certains domaines tels que le sport en raison de l’absence d’AF, j’ai d’ailleurs gardé un Canon EF 70-200 f/2.8L USM pour palier à ce manque mais je me rends compte que je peux toujours les couvrir, avec une approche différente, moins rapide certes mais surtout plus posée, plus réfléchie et plus précise, ce qui me convient très bien.

Un autre point important est que la marque Canon intègre dans le boîtier des corrections optiques dédiées à chaque objectif. Si on passe par un autre fabricant d’objectifs, ces corrections ne sont plus disponibles. Ce point peut être gênant pour les photographes travaillant en Jpg ou traitant leurs fichiers Raw avec Digital Photo Professional. Ce problème est spécifique à Canon, Nikon proposant des corrections même pour un objectif différent de la marque jaune. Travaillant en Raw et les traitant avec le logiciel Adobe Lighroom, je bénéficie des corrections optiques en post-traitement depuis la version 3, Zeiss ayant développé des profils pour Adobe Lightroom et Camera Raw. Sigma, Tamron et les autres constructeurs y ont également vu leur intérêt et ont fait la même chose.

Passer par un constructeur différent de la marque du boîtier ne prive donc pas le photographe des corrections optiques si celui-ci prend le temps de traiter ses images après la prise de vue avec un logiciel adéquat.

Il est clair que cette gamme optique Zeiss se place sur un créneau bien particulier, ni amateur (absence d’autofocus, nécessité d’un bon viseur…), ni professionnel (manque de réactivité, pas de SAV Pro…). Elle vient par contre se placer idéalement dans un créneau expert, naviguant entre photographie d’ « auteur » et vidéo.
Son plus grand défaut est évidemment le tarif élevé et la marque n’est pas sans concurrence.
D’autres fabricants avaient déjà compris l’intérêt de ce créneau et Voigtländer, connu chez les amateurs de télémétrique, avait lancé avant Carl Zeiss une gamme de focales fixes manuelles pour monture Canon, Nikon et Pentax avec en fer de lance le fameux « pancake » Ultron 40 mm f/2 SL II bien plus abordable niveau tarif et plus discret que son rival direct, le Distagon 35 f/2. Ces deux objectifs sont fabriqués dans la même usine car c’est encore le constructeur Cosina qui se cache derrière Voigtländer. C’est cette collaboration qui aurait poussé Zeiss à choisir ce même sous-traitant.

J’ai utilisé cet objectif quelques semaines. Son format pancake est très agréable à l’usage. Monté sur un 5D, l’ensemble est compact et léger, idéal en voyage. J’ai trouvé le rendu très bon mais moins « signé » que les optiques Zeiss. La bague de mise au point en caoutchouc est une erreur car elle aspire les poussières et est moins agréable à l’usage qu’un bague usinée dans la masse. Malgré ces petits défauts, cet objectif est un produit très intéressant pour ceux qui recherchent qualité et compacité.

Dans une gamme différente, l’opticien coréen Samyang a présenté le mois dernier un 35mm f/1.4 AS UMC au prix officiel de 379 euros (réajusté à 428 euros finalement) et à destination dans un premier temps des montures Canon et Nikon puis des Pentax, Samsung, Sony et 4/3.

La mise au point manuelle a donc encore de beaux jours devant elle et ce n’est pas pour me déplaire.

N.B. : suite à cet article, Richard Frances m’a précisé quelques notions, notamment au niveau des principaux brevets de la monture EOS tombés dans le domaine public au bout de 25 ans et des raisons du choix de l’absence d’autofocus pour la gamme ZE. Je mets donc à jour cet article avec ces précieuses informations en le remerciant d’avoir pris le temps de me les transmettre.
Edit 06/2012 : J’ai finalement rebasculé ma gamme optique Carl Zeiss en monture Canon pour des raisons pratiques. Je poursuis en effet un travail personnel en piscine et la MAP manuelle est impossible en caisson. J’étais donc obligé de réutiliser des optiques autofocus.

Question de budget oblige, j’ai donc décidé de me séparer des optiques Carl Zeiss que je regrette pour leurs rendus et leurs bagues de mise au point si précises en vidéo. Mon passage à l’EOS 5D Mk III m’a heureusement un peu consolé grâce à son autofocus précis.

Un compact pour le reportage

Travailler quotidiennement avec un appareil photo reflex accompagné des ses optiques et des accessoires (flash, batteries…) donne souvent envie de revenir à une photographie plus « épurée ».
Un petit appareil photo est un très bon moyen pour adopter une nouvelle approche à travers ses reportages.

La discrétion est la principale qualité d’un compact grâce à un poids et un volume réduits ainsi qu’un bruit au déclenchement généralement assez faible (voire nul). Le photographe bénéficie donc d’une plus grande facilité d’approche. Alex Majoli de l’agence Magnum a ainsi réalisé des reportages de très grande qualité avec de simples compacts numériques Olympus.
Un autre avantage est qu’il est facile de garder cet appareil avec soi au quotidien et de disposer à tout moment d’un appareil de qualité, pour l’instant toujours plus qualitatif qu’un téléphone portable (n’en déplaise à Chase Jarvis…).
Les fameux Leica M chers à Henri Cartier-Bresson et Raymond Depardon remplissaient toutes ces exigeances. Le Leica M9, premier Leica M numérique 24×36 récemment annoncé, paraît être parfait pour ce type d’utilisation mais son prix dissuade (environ 5000 euros sans optique…).
De nombreux photographes partaient en reportage avec leurs lourds appareils photo mais également un petit et peu cher Olympus Mju chargé en film inversible. Aujourd’hui les Mju existent toujours en numérique mais ils ont de sérieux concurrents.

Equipé en matériel Canon, j’avais acheté un compact numérique Canon Powershot G10 avec un caisson étanche l’année dernière afin de réaliser plus facilement des photographies en piscine. Cet appareil m’a permis de réaliser des images sans avoir à obtenir des autorisations de prise de vue. J’ai donc pu poursuivre mon travail sur «le goût du chlore» avec une logistique réduite.
Les menus et l’ergonomie sont très proches des reflex de la marque. L’appareil permet la création de fichiers RAW que je traitais sous Lightroom.

Photographie de land art réalisée avec un compact Canon G10.


Malheureusement, il n’est pas dénué de défaut. Son capteur de 14 Mpix ne supporte pas une sensibilité de plus de 400 ISO sans une montée de bruit très importante.
Son viseur optique est tout simplement catastrophique, imprécis et minuscule. La finition est certes exemplaire, l’ergonomie satisfaisante, l’autonomie importante, je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à utiliser cet appareil finalement assez imposant pour un compact.

Son remplaçant annoncé, le Canon G11, corrige quelques défauts avec un écran orientable et un capteur « allégé » de 10 Mpix, permettant une meilleur qualité photo en haute sensibilité. Cependant, cette mise à jour plutôt légère ne m’a pas convaincu et j’ai décidé d’opter pour un autre compact récent : le Ricoh GR Digital III.

Ricoh GRD III

Cet appareil est très différent du G10 et de ses concurrents. Plusieurs caractéristiques font de lui un boîtier très « typé » :
– Son optique est une focale fixe très ouverte 28mm f/1.9, il n’a donc pas la facilité d’utilisation permise par un zoom. Il n’a pas non plus de stabilisateur, ce qui est par contre clairement un défaut.
– Le capteur serait le même que le Canon G11 (les petits capteurs sont fabriqués en majorité par Sony et revendus aux autres marques). Ses fichiers de 10 Mpix restent donc raisonnables. Les photographies sont exploitables jusqu’à 800 ISO. Les fichiers RAW créés sont des DNG, un format raw Adobe pratique car plus ouvert que les CR2 Canon ou les NEF Nikon.
– Le choix de format est intéressant. Le capteur est de taille 4:3 mais vos fichiers peuvent être directement taillés en 3:2 (équivalent au 24×36) ou 1:1 (carré). Fini, le recadrage systématique sous Lightroom…
– Le boîtier est très compact, beaucoup plus que le Canon G10 mais sans visée optique. Un viseur optionnel (GV-2) est vendu par Ricoh, il est en fait indispensable. L’écran est fixe mais sa définition est très bonne.

Viseur Ricoh 28 mm GV-2

La visée est primordiale, certains photographes apprécient la visée par écran. Personnellement je préfère, et de loin, un viseur optique. J’avais acheté un viseur 28 mm pour mon G10 mais ça ne m’avait pas vraiment convaincu. Le photographe Jean-François Vibert a fait ce même choix et en parle sur son blog.
– Les menus sont clairs, austères mais efficaces comme le boîtier, bien construit, même si Ricoh n’a pas une excellente réputation en ce domaine. L’ergonomie est exemplaire, deux molettes permettent en mode manuel de gérer l’ouverture et la vitesse d’obturation. De nombreux reflex n’ont pas cet atout.
– La batterie a une bonne autonomie. Je préfère quand même toujours avoir une deuxième batterie chargée dans la poche au cas où. L’appareil permet en plus d’utiliser des piles AAA en cas de besoin, ce qui est toujours appréciable.
– Le rendu en couleur est bon (légère dérive magenta corrigée directement dans les menus) et le noir et blanc est magnifique. C’est d’ailleurs pour l’instant avec ce rendu que sont réalisées la plupart de mes photographies avec ce compact.

Un choix d’appareil photo reste très subjectif, en fonction du style du photographe et de ses priorités.

Les concurrents sont nombreux sur le marché des compacts dit « experts » et j’ai hésité entre ces différents boîtiers avant de me décider (là-encore, un choix subjectif qui ne prend pas en compte la qualité vidéo par exemple) :
– Le Canon Powershot G11, un appareil photo à la limite du compact de par sa taille. Il bénéficie d’une bonne finition, une qualité d’image intéressante avec une bonne optique et un capteur en nette amélioration, un des seul à bénéficier d’un écran orientable.
– Le Canon PowerShot S90, annoncé en même temps que le Canon G11, il reprend le même capteur avec un zoom plus ouvert en grand angle. Il est plus compact mais perd la visée optique et n’a pas de griffe flash pour un viseur externe.
– Le Leica X1, annoncé en même temps que le Leica M9, un compact avec un capteur de grande taille et une focale fixe de 35 mm f/2.8. Prix Leica : 1550 euros…
– Le Panasonic Lumix DMC-GF1, un appareil à objectif interchangeable équipé d’un capteur micro 4:3 (une bague permet d’y monter des optiques Leica M ou R). Il existe également dans la même catégorie l’Olympus Pen E-P1 à l’autofocus et l’esthétique (avis très personnel) moins aboutis.
– Le Panasonic Lumix LX-3, un appareil de bonne qualité avec un zoom très ouvert, démarrant à 24 mm.
– Les Sigma DP1s (mise à jour du DP1) et DP2, des appareils très particuliers qui utilisent une focale fixe de 28 mm pour le premier et de 40 mm pour le second associées à un capteur Foveon de grande taille qui permet d’obtenir des images de très bonne qualité. Malheureusement, ces appareils sont décevants notamment pour leur réactivité et un écran de piètre qualité.
La qualité des compacts s’est beaucoup améliorée ces dernières années. Il m’arrive d’ailleurs souvent de glisser des photographies réalisées au compact dans des reportages, personne ne le remarque. Un temps délaissé, le créneau des compacts « experts » est en train de redevenir une priorité pour de nombreuses marques.

Appréhender un reportage avec ce type d’appareil permet une approche plus facile pour le photographe comme la personne photographiée, la discrétion étant un atout important. La légèreté de ces appareils offre une plus grande mobilité (ce qui peut servir durant une manifestation par exemple). La qualité d’image approchant celle des reflex jusqu’à 400 ISO, un compact peut même se révéler un précieux appareil de secours en cas de défaillance de son boîtier principal.

suite de l’article : un compact pour le reportage : le Canon S95