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Un compact pour le reportage : le Canon S95

suite de l’article un compact pour le reportage

Au fur et à mesure de mes reportages, je m’aperçois que j’ai de plus en plus tendance à employer un appareil photo compact notamment dans le cadre de photographies de repérage mais également pour le travail photographique en lui-même.

Nuit Blanche 2010 dans le quartier de Belleville à Paris. « Transe Divine » par Matteo Tortone et le musicien Ivan Pisino à la Galerie Italienne. Au fond, une oeuvre radiographique de Benedetta Bonichi. Photographie réalisée avec un compact Canon S95.


Après plusieurs mois d’utilisation du Ricoh GRD III, j’ai pu me faire une bonne idée des qualités de ce boîtier mais également de ses limites. La qualité d’image est son point fort : un capteur de 10 Mpix évitant une montée de bruit trop importante associé à un bon traitement d’image, rien à dire de ce côté là. Les menus sont simples et efficaces, l’autonomie impressionnante, l’ergonomie est également une vraie réussite avec une bonne tenue en main et des molettes très pratiques qui permettent un usage en mode manuel sans difficulté. La griffe flash permet d’y monter un viseur optique agréable mais je prends de plus en plus l’habitude de viser par l’écran, seul moyen d’obtenir un cadrage très précis. Ce critère n’est donc plus primordial pour moi.

Bref, je ne vais pas revenir sur les atouts de cet appareil qui est vraiment un des meilleurs compacts experts du marché. Cependant, dans le cadre de mon utilisation, plusieurs limites importantes me sont apparues :
– ce compact est équipé d’un 28mm en focale fixe ouvrant à f/1.9. Une optique lumineuse mais trop large pour moi, habitué au 35mm.
– le Ricoh GRD III n’a pas de caisson, le plus gros des inconvénients pour moi. Je pensais qu’une housse ewa-marine ferait l’affaire mais c’est beaucoup moins pratique qu’un caisson en utilisation en apnée où chaque seconde perdue en maniement de l’appareil a son importance.
– je réalise de plus en plus de petits plans vidéo dans le but de les insérer dans un reportage de type multimédia. Parfois des plans réalisés en repérage avec le compact s’avèrent finalement très importants. La définition 640×480 est alors un peu juste.

Devant ses défauts spécifiques à ma pratique photographique, j’ai décidé de changer de compact. En attendant l’arrivée de Canon sur le marché des compacts à optiques interchangeables, j’ai hésité entre plusieurs appareils qui proposaient tous une focale plus longue qu’un 28mm, la possibilité de lui adjoindre un caisson et la capacité à filmer en HD (au moins 720p) :
– le Panasonic GF1 et son optique 20mm Pancake (40 mm en 24×36) ouvrant à f/1.7 est l’appareil avec lequel j’ai le plus longuement hésité. Probablement la meilleure qualité d’image proposée pour son rapport taille/poids grâce à son capteur micro 4/3, ce boîtier à objectif interchangeable est utilisé par des photographes comme Niels Ackerman, Léo Ridet ou plus récemment Antoine Doyen. Cependant, il est encore assez grand et ne tient pas dans une poche. De plus, il a un bruit au déclenchement qui le rend beaucoup moins discret qu’un compact classique.
– le Panasonic LX5 est un compact expert de très bonne qualité, récent successeur du LX3. Il est doté d’une nouvelle optique 24-90 mm f/2-3.3, d’une meilleure gestion du bruit et d’une ergonomie améliorée. Un très bon appareil sur le papier mais un caisson dédié très cher.
– le Canon S95 est le successeur du S90, connu pour sa très bonne qualité d’image et son étonnante molette tournant autour de la base de l’optique. Le S95 apporte quelques évolutions mineures mais bien pratiques : l’optique reste échangée (28-105 f/2-4.9) mais est équipée d’un nouveau stabilisateur plus performant, la vidéo passe en HD (720p) et surtout il est enfin possible de réaliser des photographies en ratio natif 3:2. Ce critère est important pour moi et il m’avait fait choisir le Ricoh à l’époque car les compacts Canon ne proposaient pas cette possibilité qui fait gagner du temps en post-production. Le Canon Powershot G12 propose les mêmes évolutions que le S95 mais j’ai pris goût aux appareils très compacts avec le Ricoh et il me paraît aujourd’hui bien trop gros pour une qualité d’image quasi-équivalente à la série S.

J’ai donc finalement choisi le Canon S95 pour son extrême compacité, sa bonne réactivité à l’allumage, sa qualité d’image et mon habitude d’utilisation des menus de la marque que j’ai toujours trouvés bien fait. J’attends de pouvoir tester le format raw dès la prochaine mise à jour de Lightroom mais le résultat en jpg natif est déjà très bon, largement au niveau du Ricoh (j’ai déjà réalisé quelques essais probants avec Digital Photo Professional mais rien ne vaut l’utilisation de son logiciel habituel). Edit 27/10/2010 : j’ai enfin pu ouvrir un raw du S95 avec Lightroom, la correction du bruit est très efficace et il est pratique de disposer des corrections optiques. Jusqu’à 400 ISO, le résultat est propre. A partir de 800 ISO, l’image se dégrade mais reste exploitable, la limite étant clairement 1600. Exit par contre la griffe flash permettant de monter un viseur optique ou un flash de reportage mais je n’utilise jamais de cobra sur ce type de boîtier.L’utilisation en mode manuel est rendu très facile par les molettes bien placées. La qualité vidéo est très bonne, le stabilisateur permet de faire des plans à main levée en évitant les effets de bougé.
J’ai trouvé une housse Kodak noire qui permet de protéger l’appareil sans trop augmenter son volume. Le compact rentre tout juste dedans. Je l’ai équipé d’une courroie de cou pour pouvoir le porter facilement.

Canon S95

Le caisson dédié de la marque (WP-DC38) est très bien conçu et abordable par rapport à un caisson pour reflex. Discret et facile à utiliser, il va me permettre de poursuivre mon travail sur le goût du chlore sans demande d’autorisation aux mairies au préalable.
Canon S95

Je suis pour l’instant très satisfait de ce petit boîtier que je prends toujours avec moi et qui me sert à la fois de bloc-note personnel ou de repérage, d’appareil d’appoint quand j’ai besoin de discrétion et parfois même d’appareil principal quand j’ai par exemple besoin de réaliser des photographies sous-marines. Il lui manque une optique plus lumineuse en télé, une griffe flash, une meilleure autonomie (batterie de secours obligatoire dans le cadre d’un usage intensif) et la vidéo full HD pour être parfait. Sa principale limite reste cependant la taille de son capteur qui ne permet pas de monter en sensibilité comme un reflex ou un micro 4/3 ni d’obtenir un beau bokeh même à pleine ouverture mais sa compacité permet de l’emmener partout sans hésiter, avantage fondamental pour moi.
En attendant de voir ce que vont proposer Canon et Nikon dans le segment des compacts APS-C à optiques interchangeables…
Edit 01/08/2011 : J’ai découvert une belle tâche sur le capteur moins d’un an après son acquisition m’obligeant à un renvoi au SAV. Je suis pourtant très soigneux et l’appareil a toujours été rangé dans une housse propre et bien fermée. Canon serait bien inspiré de mieux protéger la chambre de ses compacts contre l’intrusion de poussières. La marque rouge m’a finalement renvoyé mon compact au bout de 3 semaines (il a été réparé en Allemagne). L’obturateur aurait été remplacé (?!), le capteur nettoyé et le firmware mis à jour. Je suis donc assez satisfait du service mais heureusement que je me suis aperçu de ce problème pendant ma période de garantie…

Un compact pour le reportage

Travailler quotidiennement avec un appareil photo reflex accompagné des ses optiques et des accessoires (flash, batteries…) donne souvent envie de revenir à une photographie plus « épurée ».
Un petit appareil photo est un très bon moyen pour adopter une nouvelle approche à travers ses reportages.

La discrétion est la principale qualité d’un compact grâce à un poids et un volume réduits ainsi qu’un bruit au déclenchement généralement assez faible (voire nul). Le photographe bénéficie donc d’une plus grande facilité d’approche. Alex Majoli de l’agence Magnum a ainsi réalisé des reportages de très grande qualité avec de simples compacts numériques Olympus.
Un autre avantage est qu’il est facile de garder cet appareil avec soi au quotidien et de disposer à tout moment d’un appareil de qualité, pour l’instant toujours plus qualitatif qu’un téléphone portable (n’en déplaise à Chase Jarvis…).
Les fameux Leica M chers à Henri Cartier-Bresson et Raymond Depardon remplissaient toutes ces exigeances. Le Leica M9, premier Leica M numérique 24×36 récemment annoncé, paraît être parfait pour ce type d’utilisation mais son prix dissuade (environ 5000 euros sans optique…).
De nombreux photographes partaient en reportage avec leurs lourds appareils photo mais également un petit et peu cher Olympus Mju chargé en film inversible. Aujourd’hui les Mju existent toujours en numérique mais ils ont de sérieux concurrents.

Equipé en matériel Canon, j’avais acheté un compact numérique Canon Powershot G10 avec un caisson étanche l’année dernière afin de réaliser plus facilement des photographies en piscine. Cet appareil m’a permis de réaliser des images sans avoir à obtenir des autorisations de prise de vue. J’ai donc pu poursuivre mon travail sur «le goût du chlore» avec une logistique réduite.
Les menus et l’ergonomie sont très proches des reflex de la marque. L’appareil permet la création de fichiers RAW que je traitais sous Lightroom.

Photographie de land art réalisée avec un compact Canon G10.


Malheureusement, il n’est pas dénué de défaut. Son capteur de 14 Mpix ne supporte pas une sensibilité de plus de 400 ISO sans une montée de bruit très importante.
Son viseur optique est tout simplement catastrophique, imprécis et minuscule. La finition est certes exemplaire, l’ergonomie satisfaisante, l’autonomie importante, je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à utiliser cet appareil finalement assez imposant pour un compact.

Son remplaçant annoncé, le Canon G11, corrige quelques défauts avec un écran orientable et un capteur « allégé » de 10 Mpix, permettant une meilleur qualité photo en haute sensibilité. Cependant, cette mise à jour plutôt légère ne m’a pas convaincu et j’ai décidé d’opter pour un autre compact récent : le Ricoh GR Digital III.

Ricoh GRD III

Cet appareil est très différent du G10 et de ses concurrents. Plusieurs caractéristiques font de lui un boîtier très « typé » :
– Son optique est une focale fixe très ouverte 28mm f/1.9, il n’a donc pas la facilité d’utilisation permise par un zoom. Il n’a pas non plus de stabilisateur, ce qui est par contre clairement un défaut.
– Le capteur serait le même que le Canon G11 (les petits capteurs sont fabriqués en majorité par Sony et revendus aux autres marques). Ses fichiers de 10 Mpix restent donc raisonnables. Les photographies sont exploitables jusqu’à 800 ISO. Les fichiers RAW créés sont des DNG, un format raw Adobe pratique car plus ouvert que les CR2 Canon ou les NEF Nikon.
– Le choix de format est intéressant. Le capteur est de taille 4:3 mais vos fichiers peuvent être directement taillés en 3:2 (équivalent au 24×36) ou 1:1 (carré). Fini, le recadrage systématique sous Lightroom…
– Le boîtier est très compact, beaucoup plus que le Canon G10 mais sans visée optique. Un viseur optionnel (GV-2) est vendu par Ricoh, il est en fait indispensable. L’écran est fixe mais sa définition est très bonne.

Viseur Ricoh 28 mm GV-2

La visée est primordiale, certains photographes apprécient la visée par écran. Personnellement je préfère, et de loin, un viseur optique. J’avais acheté un viseur 28 mm pour mon G10 mais ça ne m’avait pas vraiment convaincu. Le photographe Jean-François Vibert a fait ce même choix et en parle sur son blog.
– Les menus sont clairs, austères mais efficaces comme le boîtier, bien construit, même si Ricoh n’a pas une excellente réputation en ce domaine. L’ergonomie est exemplaire, deux molettes permettent en mode manuel de gérer l’ouverture et la vitesse d’obturation. De nombreux reflex n’ont pas cet atout.
– La batterie a une bonne autonomie. Je préfère quand même toujours avoir une deuxième batterie chargée dans la poche au cas où. L’appareil permet en plus d’utiliser des piles AAA en cas de besoin, ce qui est toujours appréciable.
– Le rendu en couleur est bon (légère dérive magenta corrigée directement dans les menus) et le noir et blanc est magnifique. C’est d’ailleurs pour l’instant avec ce rendu que sont réalisées la plupart de mes photographies avec ce compact.

Un choix d’appareil photo reste très subjectif, en fonction du style du photographe et de ses priorités.

Les concurrents sont nombreux sur le marché des compacts dit « experts » et j’ai hésité entre ces différents boîtiers avant de me décider (là-encore, un choix subjectif qui ne prend pas en compte la qualité vidéo par exemple) :
– Le Canon Powershot G11, un appareil photo à la limite du compact de par sa taille. Il bénéficie d’une bonne finition, une qualité d’image intéressante avec une bonne optique et un capteur en nette amélioration, un des seul à bénéficier d’un écran orientable.
– Le Canon PowerShot S90, annoncé en même temps que le Canon G11, il reprend le même capteur avec un zoom plus ouvert en grand angle. Il est plus compact mais perd la visée optique et n’a pas de griffe flash pour un viseur externe.
– Le Leica X1, annoncé en même temps que le Leica M9, un compact avec un capteur de grande taille et une focale fixe de 35 mm f/2.8. Prix Leica : 1550 euros…
– Le Panasonic Lumix DMC-GF1, un appareil à objectif interchangeable équipé d’un capteur micro 4:3 (une bague permet d’y monter des optiques Leica M ou R). Il existe également dans la même catégorie l’Olympus Pen E-P1 à l’autofocus et l’esthétique (avis très personnel) moins aboutis.
– Le Panasonic Lumix LX-3, un appareil de bonne qualité avec un zoom très ouvert, démarrant à 24 mm.
– Les Sigma DP1s (mise à jour du DP1) et DP2, des appareils très particuliers qui utilisent une focale fixe de 28 mm pour le premier et de 40 mm pour le second associées à un capteur Foveon de grande taille qui permet d’obtenir des images de très bonne qualité. Malheureusement, ces appareils sont décevants notamment pour leur réactivité et un écran de piètre qualité.
La qualité des compacts s’est beaucoup améliorée ces dernières années. Il m’arrive d’ailleurs souvent de glisser des photographies réalisées au compact dans des reportages, personne ne le remarque. Un temps délaissé, le créneau des compacts « experts » est en train de redevenir une priorité pour de nombreuses marques.

Appréhender un reportage avec ce type d’appareil permet une approche plus facile pour le photographe comme la personne photographiée, la discrétion étant un atout important. La légèreté de ces appareils offre une plus grande mobilité (ce qui peut servir durant une manifestation par exemple). La qualité d’image approchant celle des reflex jusqu’à 400 ISO, un compact peut même se révéler un précieux appareil de secours en cas de défaillance de son boîtier principal.

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