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Avis de tempête sur les chantiers navals

Chantier naval en Croatie

Chantier de construction navale Uljanik à Pula (Croatie).

C’était l’une des conditions d’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, qui est devenu le 28ème Etat-membre le 1er juillet 2013 : restructurer ses chantiers navals afin de réduire la capacité totale de production et d’en finir avec des subventions publiques faussant la concurrence. Pour satisfaire aux exigences de Bruxelles, quatre des six sites du pays ont donc été mis en vente. « C’est un vrai ultimatum de la part de l’Europe et du gouvernement : au 1er juillet, c’est soit la privatisation, soit la liquidation témoigne, amer, Dino Sverko, président du syndicat du chantier Uljanik, à Pula. C’est un prix lourd à payer pour sauver notre tradition. » Sur le littoral adriatique, la construction maritime reste un fleuron de l’industrie nationale, représentant près de 5% du PIB et 11% des exportations croates. Et surtout plus de 10 000 emplois directs et près de 25 000 chez les fournisseurs d’équipements et de matières premières. Mais c’est aussi un secteur sous perfusion, coûtant près de 180 millions d’euros par an à l’Etat et subissant de plein fouet la concurrence asiatique (Corée du sud, Viêt-Nam, Chine…), avec des pertes accumulées estimées à 1,37 milliard d’euros. Pour l’heure, deux des quatre chantiers mis en vente, Brodosplit et Brodotrogir, ont d’ores et déjà trouvé preneurs, tandis que celui de Kraljevica, vieux de 300 ans, a dû fermer ses portes l’an dernier. Quant au dernier, le 3M Maj de Rijeka, il aspire à être repris par Uljanik. « A la fois par solidarité pour notre voisin d’Istrie, mais aussi par intérêt commercial, pour pouvoir accueillir des navires plus grands », explicite Dino Sverko. Mais là encore, la transition ne se fera pas sans casse : le projet prévoit la suppression de 500 des 2300 postes actuels.

Texte : Julien Descalles
Photos : Joseph Melin

Chantier naval en Croatie

Cela fait partie du folklore d’Uljanik : afin de faciliter les trajets d’un atelier à l’autre, chaque employé dispose de sa propre bicyclette.

Chantier naval en Croatie

Chantier de construction navale Brodosplit à Split (Croatie). Ivica Vukucic, ouvrier à la découpe d’acier depuis 11 ans à Brodosplit.

Chantier naval en Croatie

Avec ses 56 Ha et ses trois docks de construction, le chantier peut accueillir des projets aux dimensions les plus démesurés, soit des bateaux de près de 300m de longueur, contre seulement 150 à Pula. Reste alors à défier la gravité pour assurer le transport de pièces pesant jusqu’à 30 tonnes.

Chantier naval en Croatie

Assemblage d’un porte-conteneurs.

Chantier naval en Croatie

Depuis le moulage des pièces de moteurs au pavillon de fonderie jusqu’à la livraison finale du navire, une année aura passé.

L’industrie du verre

Arc International est une société française de production de produits arts de la table, située à Arques (Pas-de-Calais). Cette société fabrique du verre en utilisant trois procédés techniques : le pressé, le soufflé et le centrifugé. Le verre naît de la fusion à plus de 1300° C d’un mélange de sable, de soude, de chaux, et de groisil (verre concassé).

Arc International

Arc International

Arc International

Arc International

Keffieh made in Palestine

Symbole de la cause palestinienne, le keffieh est aujourd’hui aussi un accessoire de mode incontournable. Les ventes mondiales explosent mais la dernière usine palestinienne basée à Hébron en Cisjordanie peine à faire face à la concurrence du « made in China »… Un sujet réalisé en collaboration avec le journaliste Simon Pittet.

Yasser Hirbawi dans son usine de keffieh à Hébron.


Sur un vieux fauteuil tassé par les années trône un vieil homme coiffé d’un keffieh noir et blanc. Il dort. Après un demi-siècle passé dans son usine, le fracas métallique des métiers à tisser ne dérange plus la sieste de Yasser Hirbawi. Tout au contraire. Joda, son fils, s’amuse : “c’est quand elles s’arrêtent qu’il se réveille.”
“C’est en 1960 que j’ai acheté mes premier métiers à tisser japonais et ils fonctionnent toujours. Je les avais fait venir par la Syrie” relate fièrement ce natif d’Hébron qui, à 80 ans, veille toujours sur son troupeau de machines bruyantes.
La première Intifada, une période extraordinaire
Les années suivant l’ouverture de l’usine, le nombre de machines et d’employés augmentent au rythme des affaires. C’est l’âge d’or du keffieh “made in Palestine” et rien ne peut arrêter la croissance de la “Hirbawi Textile Factory”. Pas même la première Intifada qui éclate en 1987. “À cette époque nous étions presque les seuls à occuper le marché”, explique Joda, le fils du fondateur. C’était une période extraordinaire. Tout le monde achetait nos keffiehs!”
De 1000 à 100 pièces par jour
Les choses ont bien changé en 2009. En deux décennies, la production s’est écroulée de 1000 à 100 pièces par jour. Des 70 collaborateurs d’autrefois, il n’en reste que 3. La plupart des machines se sont tues. “C’est à cause des keffiehs chinois! Il sont beaucoup moins chers.” se fâche le vieil homme. Et son fils de préciser: “Au débuts des années 2000, lors de la seconde Intifada, les produits chinois ont commencé à envahir le marché palestinien. Mais ça fait cinq ans que nous avons vraiment senti le changement.”
À la concurrence croissante des produits asiatiques – chinois mais aussi indiens – s’ajoute un rétrécissement des débouchés. Avec le verrouillage de la Cisjordanie, les Hirbawi ne peuvent écouler leurs marchandises ni dans la bande de Gaza ni en Israël. Joda constate :”le keffieh est un bien durable et le marché palestinien est totalement saturé. Seul les touristes en achètent encore. C’est vraiment difficile.”
Inaction de l’Autorité palestinienne
Ce qui révolte le plus Yasser Hirbawi c’est l’inaction de l’Autorité Palestinienne. Le vieil homme fait tournoyer dans ses mains un trousseau de clés imposant et s’indigne :”Ils auraient du mettre davantage de barrières à l’importation pour protéger l’industrie locale. Pour nous protéger!” Joda poursuit: “les produits chinois sont seulement taxés 17% à l’importation. Ce n’est pas suffisant.” Mettant en doute la fibre patriotique des dirigeants palestiniens Joda s’interroge : “D’où proviennent tous les keffiehs distribués ces jours-ci par le Fatah à son congrés de Bethléem? En tous cas pas de chez nous!”

Reportage multimédia : Keffieh « made in palestine »

Interprète. Qais Arafat
Photo. Joseph Melin
Vidéo/montage. Simon Pittet