Archives par étiquette : Entreprise

Tolix, chaises amicales

Depuis onze ans, l’usine Tolix relance le haut de gamme à la française en vaporisant une bonne dose de couleurs sur ses emblématiques chaises A.

J’ai 81 ans, je suis exposée au centre Georges-Pompidou, à Paris, et au MoMa de New York, qui suis-je ? » La chaise A de Tolix, sauvée par Chantal Andriot, qui dirige aujourd’hui une entreprise florissante de 95 personnes, à Autun (Saône-et-Loire).

Pourtant, en 2004, elle reprenait une marque exsangue. Entourée de 20 salariés décidés à se battre, elle redresse la barre en s’appuyant sur la célèbre chaise A. « Ce modèle est empilable et très confortable. Pour le valoriser, j’ai misé sur la couleur », explique-t-elle. En quelques années, elle modernise l’outil de production installé désormais dans deux bâtiments séparés de quelques mètres. Le plus ancien accueille les matières premières, un poste de découpe et un autre d’emboutissage, qui permet de créer une forme à partir de plaques de métal. Entre les murs, pas tout jeunes, les machines sont à la pointe, notamment la poinçonneuse numérique, qui remplace 52 outils. Les morceaux de métaux qu’elle rejette sont triés, puis recyclés. Ici, le respect de l’environnement est un vrai engagement…Suite à retrouver dans Le Parisien Magazine

Texte. Vanessa Zocchetti pour Le Parisien Magazine.

Caran d’Ache, mines d’art

De Picasso à Pef, en passant par Miró et Karl Lagerfeld, tous plébiscitent les crayons colorés de Caran d’Ache, maison suisse fraîchement centenaire.

Le secret le mieux gardé de Genève ? Loin des banques à gros sous, le savoir-faire d’une manufacture résiste ardemment à la délocalisation de ses crayons. A quelques centaines de mètres de la frontière française, ses bâtiments s’imbriquent comme des cubes au milieu d’un parking. Une fois passé la porte, c’est une autre histoire. Plaquée aux murs et placée sous vitrines, une collection de boîtes métalliques rutilantes dessine les courbes et les saillies du massif du Jura. Dans la région, tout le monde y va de son anecdote sur l’origine de ce nom. Karandash, « crayon » en russe, surnom du caricaturiste français Emmanuel Poiré (1858-1909) ou mot doux prononcé un jour par la maîtresse de l’un des fondateurs ? Peu importe. Près de 300 personnes participent avec discrétion au succès de la maison Caran d’Ache, née en 1915. Recherche, fabrication, emballage, tout est fait sur place… Suite

Texte. Gentiane Lenhard pour Le Parisien Magazine.

Saint James, la maille des marins

Saint-James

Les ateliers de l’entreprise à Saint-James, petit village de Basse-Normandie.

Fabienne Janvier se faufile, alerte, entre les allées de la fabrique, une pile de pull-overs dans une main, un téléphone dans l’autre, « pour garder le contact avec la direction ». Un peu timide, l’œil rieur, cette quadragénaire – vingt ans de maison – chapeaute l’atelier de confection, de la coupe à l’assemblage : une sacrée responsabilité au sein d’une entreprise qui commercialise ses collections dans plus de 900 points de vente, de Saint-Malo à Tokyo.
Si les novices prononcent « Saint James » à l’anglo-saxonne, les initiés parlent de « Saint Jâme », à la française, en référence à la commune de la Manche où l’entreprise est implantéée. Interrompant sa course, Fabienne saisit un pull rayé sur un établi pour en montrer la qualité : « Entre le tricotage et le produit fini, il y a quinze jours de travail pour dix-huit personnes. » Suite

Texte. Hélène Brunet-Rivaillon pour le Parisien Magazine

Lorina, la limonade de Moselle

Lorina est une marque de limonade et de boissons aux fruits gazeuses artisanales. La marque appartient aux établissements Geyer Frères dont le site de fabrication est situé dans le village de Munster, en Moselle depuis 1895. Les produits Lorina sont aujourd’hui commercialisés dans près de quarante pays, principalement en Europe, en Asie et en Amérique.

Clément Chabin, ferronnier d’art

Atelier de ferronnerie d’art de Clément Chabin à Dun-sur-Auron (Cher). Le fer forgé est une tradition familiale depuis 1929 dans la famille Chabin. L’arrière grand-père de Clément, Alphonse Chabin, achète alors la forge. Les activités principales de l’entreprise sont la maréchalerie et les travaux de forge de l’époque. Marcel Chabin, le grand-père, reprend l’entreprise en 1951 et développe la ferronnerie d’art, la serrurerie et le commerce des machines agricoles qui commencent à remplacer les chevaux. François Chabin, le père de Clément, continue la tradition en 1984 et s’oriente pleinement vers la ferronnerie d’art et le mobilier. En 2013, son fils Clément lance son activité et perpétue ainsi la tradition du fer forgé et le feu sacré de 4 générations.

Le Vietnam, nouvel eldorado du chocolat

Marou Faiseurs de Chocolat est né du rêve un peu insensé de deux Français installés au Vietnam : créer à Hô-Chi-Minh-Ville, à partir d’ingrédients 100% locaux, un chocolat noir d’une très grande pureté, né de la rencontre de terroirs du sud Vietnam, et du savoir-faire des chocolatiers.
Samuel Maruta s’est lancé en 2011, avec Vincent Mourou, un Français rencontré lors d’un bivouac dans la jungle vietnamienne, dans la fabrication 100 % artisanale de chocolat. « La filière du café étant déjà très exploitée et comme nous sommes tous les deux fans de chocolat, quand on a découvert par hasard que le Vietnam produisait des fèves de cacao, on s’est dit ‘pourquoi pas ?' », raconte Samuel Maruta. Sans rien connaître à la technique requise pour travailler ces fameuses fèves, les deux compères, l’un ex-financier à la Société Générale et l’autre lassé du monde de la pub, ont commencé par transformer leur cuisine en laboratoire. A l’aide de vidéos sur YouTube, d’un four à gaz et d’un malaxeur, ils ont mis au point leur recette. Les voilà à la tête d’une fabrique de chocolat, située à Thu Duc, l’un des faubourgs d’Hô-Chi-Minh-Ville, qui produit 1000 tablettes par jour, soit deux tonnes de chocolat par mois. Leur chocolat, exclusivement noir, emballé à la main dans un papier kraft imprimé artisanalement, est vendu non seulement auprès des entreprises, hôtels et boutiques au Vietnam, mais aussi dans des épiceries fines des quatre coins du monde.

La Maison Lejaby, sens dessus dessous

Derniers préparatifs de la collection capsule Léa Peckre pour Maison Lejaby dans les locaux de la marque de lingerie à Rillieux-la-Pape près de Lyon. Léa Peckre a dessiné une ligne de prêt-à-porter couture présentée lors de la Fashion Week 2014 à Paris.

Léa Peckre

Léa travaille les derniers dessins de sa collection en se basant sur un mannequin.

Léa Peckre

Dessins et photos de la collection.

Arpin, un as de la filature

Dans un chalet savoyard, la filature Arpin fabrique depuis 1817 des draps de laine qui séduisent les grandes maisons de luxe.

Sur une veste de guide de Chamonix, une cape de berger, un pantalon knickers, destiné aux glaciers, comme sur chaque vêtement signé Arpin, le dernier bouton est en acier, et cousu avec un fil rouge porte-bonheur. Un détail inspiré d’une tradition locale, les montagnards ayant pour habitude de se transmettre de père en fils un bouton à coudre d’un vêtement à l’autre.
Personne n’incarne mieux cet esprit de continuité que Jacques, le responsable de l’atelier de filage. Appartenant à la 9e génération Arpin, il travaille chaque jour la laine en perpétuant les gestes de ses ancêtres. Il reçoit directement des éleveurs les ballots de toisons brutes dont il extrait, à la main, les cailloux et les brins de paille. Ensuite, il lave la laine pour la débarrasser du suint qui lui donne son odeur d’animal, puis étale les toisons propres sur le plancher du grenier. Le vent traversant les séche en quelques jours… Suite

Texte. Mathieu Labonde pour le Parisien Magazine

Arpin

Arpin

Arpin

Arpin

Arpin

Arpin

La laine du Boischaut

Dans le centre de la France, une chaîne courte de production a été mise en place pour créer une laine à tricoter naturelle et de qualité : la laine du Boischaut.
Issue d’un élevage de mouton dans le Cher, la laine est lavée dans l’Allier voisin puis filée en Creuse. Un triangle d’or sur trois départements qui permet de valoriser un produit en milieu rural sur un périmètre restreint.

La laine du Boischaut

Un élevage mené en agriculture biologique

L’élevage de moutons qui fournit la laine est implanté à la ferme de Maison Rouge, à Vesdun, petit village du Boischaut. Au coeur d’un paysage de bocage, Jean Paul Chauvelot élève un troupeau de 400 brebis charollaises en agriculture biologique. La viande est la première activité de cet agriculteur, la laine vient en appoint.

Une laine de moins en moins rentable

Chaque année, Jean Paul fait tondre ses moutons et revend la laine à un grossiste. En 2008, l’éleveur s’inquiète de la chute du cours de la laine, le prix au kilo (35 centimes à l’époque) ne permettant même pas de récupérer le coût de la tonte (environ un euros cinquante par tête pour 2 kilos de laine en moyenne). Claire Salin, sa belle-fille, va alors avoir l’idée de valoriser elle-même ce produit.

La laine du Boischaut
 
L’idée de la valorisation

Issue de l’école Boulle, cette jeune femme a créé à Vesdun la « Manufacture », un atelier de création en mobilier et sculpture. Elle s’intéresse à ce nouveau matériau et comprend très vite l’intérêt de proposer une laine « de pays », produite dans des conditions respectueuses de l’environnement. Elle propose à Jean Paul de trier sa laine et de lui en racheter une petite quantité de la meilleure qualité possible, le reste partant chez le grossiste. Elle suit en compagnie de Jean Paul une formation pour apprendre à trier la laine et appréhender les techniques d’élevages adaptés à cette production grâce à une association basée dans le Limousin.

La tonte des moutons

La tonte des brebis a lieu début juillet tandis que les agneaux sont tondus en fin d’été. Une brebis de 60 kilos tondue donne 2 kilos de laine en moyenne. Le tondeur porte des chaussons adaptés. Il tond environ 150 moutons par jour à l’aide d’une tondeuse électrique et est payé un euro cinquante par tête. Il peut blesser l’animal avec son appareil et doit donc être très précis. Au terme des tontes, la laine sélectionnée représente en moyenne 200 kilos sur l’année.

L’étape cruciale du tri

L’étape du tri est cruciale pour obtenir un produit intéressant. Lors de la tonte, la laine est triée afin de ne conserver que la meilleure qualité. Trop fin, le fil manque de résistance. Pas assez fin, il manque de douceur. Seul un œil averti peut dissocier les qualités de fil. La couleur est aussi très importante, il faut que la laine ne soit pas trop jaune. Durant la tonte des moutons, Claire installe les toisons sur une table de tri et les inspecte. Elle sélectionne la meilleure laine, qui lui garantira un bon résultat une fois lavée et filée.

Laine du Boischaut
 

L’une des dernières entreprises de lavage de laine en France

Une fois triée, cette laine est rangée dans des ballots afin d’être acheminée à Souvigny, près de Moulins dans l’Allier, pour être lavée par l’entreprise « Lavage de laine de Souvigny », une des toutes dernières entreprises de lavage de laine en France. Cette structure permet de laver des lots de petites quantités. Le lavage se fait sans produit chimique, à l’eau chaude avec un savon biodégradable dans des machines vieilles d’un demi-siècle. Naturellement grasses, les toisons retiennent poussières et débris végétaux. La laine brute est lavée en cinq phases : le trempage, le dégraissage, le lavage, le rinçage puis le sèchage. Une fois débarrassée du suint des moutons et des crasses, la laine est compactée et conduite à Rougnat dans la Creuse pour y être filée. 200 kilos de laine tondue donnent 100 kilos de laine lavée.

Laine du Boischaut
 
La filature de Rougnat

La Creuse est un département dans lequel la tradition de la production de laine est encore vive. La filature Fonty en est l’une des représentantes. Sensible aux initiatives locales, l’entreprise favorise l’utilisation des matières naturelles. La laine est décompactée grâce à un sytème à air comprimé puis mélangée à des huiles essentielles et un adoucissant. Aucun additif n’est ajouté lors de la transformation : pas de blanchiment ni de teinture. Elle passe ensuite dans la carde : des tambours garnis de très fines pointes d’acier, tournant à grande vitesse, qui divisent et parallélisent les fibres de laine et retiennent les impuretés végétales. Elle est ensuite filée. L’opération consiste en étirages successifs par les métiers à filer. Le fil subit une torsion et est retordu avec plusieurs autres fils, afin de le rendre plus solide et surtout plus régulier. Assemblé en écheveaux, le fil est alors rangé en pelotes et conditionné. Le résultat se présente sous forme de jolies pelotes de laine de couleur naturelle (à 3 ou 4 fils) de 50 grammes. Les 100 kilos de laine lavés sont ainsi transformés en 1800 pelotes grâce au savoir faire des 18 employés de la filature.

Laine du Boischaut
 
Les pelotes de laine du Boischaut

Les pelotes sont vendues à « la Manufacture », l’atelier de Claire Salin à Vesdun. Claire fabrique même des aiguilles à tricoter en bois pour accompagner ce produit. Elle expose la laine sur les marchés où les adeptes du tricot découvrent cette « laine de pays » de qualité, rustique et non traitée.

Laine du Boischaut
 

Valoriser un produit local avec une filière de qualité

Cette laine du Boischaut est le résultat d’une filière de qualité mise en place par Claire qui souhaitait valoriser un produit dont les cours chutent chaque année. Elle a trouvé des entreprises à l’écoute de sa demande, permettant cette production locale en petite quantité mais de qualité et née en milieu rural. Toutes les opérations ont lieu à moins de 80 kilomètres de Vesdun. Claire achète deux euros le kilo de laine à Jean-Paul alors que le cours en 2013 est de 80 centimes.

L’éleveur Jean Paul Chauvelot est donc très satisfait de cette nouvelle façon de valoriser la laine de ses moutons et voit dans cette laine du Boischaut « un bel exemple de ce que devrait être l’agriculture aujourd’hui en France : une agriculture paysanne, à échelle humaine, qui s’adapte et s’intègre dans l’espace et la société de manière pérenne à la différence de l’agriculture dite productiviste. »