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La Bulgarie, terre d’accueil de réfugiés syriens

Reportage réalisé en collaboration avec le journaliste Julien Descalles, publié dans l’édition du soir de Ouest-France en mars 2014.

Le pays le plus pauvre d’Europe a vu affluer ces six derniers mois onze fois plus de migrants, en majorité syriens, qu’en 2012. Après avoir risqué une crise humanitaire, la réouverture et la rénovation de bâtiments désaffectés, la mobilisation des ONG et l’aide financière de l’UE ont permis une légère amélioration des conditions d’accueil.

« Depuis notre arrivée en Bulgarie, ma fille aînée me répète que j’ai perdu son avenir. C’est vrai qu’ici, il n’y a rien à faire, qu’on est les uns sur les autres, que c’est sale, mais au moins on est en sécurité. En Syrie, on risquait tous les jours notre vie ou l’enlèvement. » Institutrice, Azab Zawhiri a fui Homs avec ses six enfants en septembre dernier, pour échapper à la fois à la répression du régime et aux menaces de mort des rebelles islamistes du front Al-Nosra. Un mois plus tard, après la traversée de la Turquie, la famille gagnait la Bulgarie, décrétée par les passeurs porte d’entrée la moins chère de l’eldorado européen. Soit, en moyenne, 500 dollars par personne.
Une fois la frontière franchie, les Zawhiri ont ainsi échoué au camp de Vrajdebna, à proximité de l’aéroport de Sofia. Soit une ancienne école désaffectée et rouverte à la hâte pour accueillir près de 400 migrants depuis l’automne. Dans chacune des salles de classe, six familles s’entassent, matelas au sol et draps dressés sur des cordes à linge pour préserver une fragile intimité. L’hygiène, elle, est insuffisante : l’eau chaude manque régulièrement, les toilettes ne sont pas assez nombreuses.

« On croyait avoir rallier l’Union européenne mais en fait, il n’y avait rien. Pas de nourritures, pas d’aide médicale, une douche tous les dix jours… Et cinq mois après, on est toujours ici à attendre », se désole Azab. Qui pour subvenir à ses besoins, n’a longtemps pu compter que sur le versement d’une pension de 32 euros par mois et la générosité locale. Colis de nourriture, vêtements, couches, ustensiles ménagers ou encore médicaments sont ainsi régulièrement distribués par la Croix-Rouge bulgare, les « Amis des réfugiés », groupe de bénévoles constitué sur Facebook ou la communauté syrienne bulgare.

Car depuis l’été 2013, le pays le plus pauvre de l’U.E fait face à une vague de migration inédite : en six mois, 11 000 migrants, en majorité syriens et kurdes, ont afflué, contre un millier les années précédentes. Mal préparées, les autorités bulgares et les 1 200 places d’accueil du pays ont rapidement été dépassées. A l’instar du centre de Vrajdebna, six autres garnisons ou écoles à l’abandon ont donc été rouvertes à la hâte.

Pourtant, après les coups de semonce du Haut commissariat pour les réfugiés et des ONG au début de l’hiver, la situation s’est peu à peu améliorée. A commencer par ces deux repas chauds – une popote peu ragoûtante préparée par l’armée bulgare –servis dans l’ensemble des centres d’accueil.



A Harmanli, à une quarantaine de kms de la frontière turque, la mue est ainsi en cours. « Au début, il y a eu beaucoup d’improvisation. Le pays manque d’expérience en matière d’accueil des migrants, tout était délabré, mais aujourd’hui, les conditions de vie sont moins précaires », souligne Denitsa Dimitrova, responsable régionale de la Croix-Rouge bulgare. Au centre le plus important du pays avec 1 200 pensionnaires, les toiles de tente et les matelas hors d’âge des premiers mois ont disparu, remplacés par 76 préfabriqués chauffés et des lits de camp. 150 familles y ont emménagé, les autres résidents trouvant refuge dans les trois bâtiments de cette ancienne caserne militaire.

Grâce aux fonds de soutien alloués par l’UE – 5,6 millions d’euros -, des travaux de rénovation y ont été lancés : les fenêtres en PVC ont succédé aux carreaux cassés, tandis que des douches supplémentaires et un lavoir sont en cours de construction. Dans l’une des bâtisses, des chambres individuelles dédiées aux mères célibataires, voient le jour. Les toilettes mobiles se sont multipliées, et une permanence médicale a été installée.

« Le lieu n’a rien à voir avec les premiers jours, se réjouit Rasheed, guide touristique à Damas, débarqué dans les Balkans en octobre. Il y a le chauffage, l’électricité, bien sûr, mais aussi des cours de maths et d’anglais assurés par des réfugiés. » De quoi tromper l’ennui dans un camp où les parties de foot ou de cartes restent les principales – les seules ? – distractions.

« Surtout, on ne vit plus aujourd’hui en prison : tout le monde a désormais sa « Green Card », qui permet de quitter le camp durant la journée. » témoigne Rasheed. Une première étape vers le statut de réfugié, ouvrant l’accès à toute l’Union européenne. « Pour la très grande majorité, la Bulgarie n’est qu’une étape. Ici il n’y a pas le moindre travail pour les nationaux, alors imaginez pour nous…  », soupire Ahmad, électricien de 26 ans en route pour Londres. Parmi les destinations les plus prisées des migrants : Royaume-Uni, Allemagne et Suède. Après des mois de flou administratif, la procédure semble d’ailleurs s’accélérer. Selon l’Agence nationale des réfugiés, dont le personnel a été multiplié par deux, 675 statuts auraient été accordés depuis le début de l’année.

Mais pour le gouvernement, la gestion de la crise semble également passer par une fermeture des frontières. Mises sous pression par la formation d’extrême-droite Ataka et une partie de la population sur « le qui-vive », selon le mot de deux habitantes d’Harmanli, les autorités ont décidé de la construction d’une clôture de 30 kms le long de la frontière bulgaro-turque. Livraison attendue courant mars.

Texte : Julien Descalles
Photos : Joseph Melin

Les rebonds du Quai 54

Ce week-end se tenait au Stade Georges Carpentier le désormais incontournable tournoi du Quai 54. Sur un terrain bitumé en extérieur spécialement préparé pour l’occasion, les acteurs ont fédéré plusieurs milliers d’amateurs de hip-hop et de basket de rue.

Quai 54

Cette sixième édition a repris les ingrédients qui font de l’événement instauré par Hammadoun Sidibé le tournoi du genre le plus côté en Europe et l’un des plus connus au monde. La logistique était confiée à des dizaines de bénévoles, associés au savoir-faire de la marque Nike (par l’intermédiaire de son omniprésente filiale Jordan Brand). Néanmoins, l’organisation générale n’a pas toujours été à la hauteur (queue interminable pour entrer dans l’enceinte ou pour se sustenter, jauge des tribunes largement dépassée, horaires peu respectés), mais a contribué à l’excellente ambiance générale laissée par ce que l’on pourrait définir comme une grande kermesse hip-hop. De nombreux concours (danse, un contre un, jeux variés) ont contribué à divertir la foule, à laquelle s’étaient joints quelques grands noms du rap , venus parrainer les équipes (Pit Baccardi, Manu Key), chanter (Kery James) ou encore animer le week-end (Mokobé). L’événement le plus attendu, le concours de dunk, organisé par Kadour Ziani, légende vivante du genre, voyait la foule s’enflammer pour les sauts de Kevin Kemp, un américain aux capacités athlétiques ahurissantes, vainqueur du Français Guy Dupuis.
Sur le terrain, la bataille fut âpre, engagée, et parfois à la limite. De nombreux joueurs professionnels côtoyaient des amateurs de haut niveau, qui avaient tous à coeur de prouver leurs qualités, dans des matches couperets. Pas de droit à l’erreur donc, en conséquence de quoi on put assister dès les premières joutes à un combat physique impressionnant (le plus grand joueur, le nigérien Aboubacar Zaki, culmine à 2,14m), ultra spectaculaire et tenu par des arbitres officiant habituellement au plus haut échelon du basket national. Il fallait bien cela pour canaliser les ardeurs de compétiteurs venus pour obtenir « la reconnaissance de la rue », comme le soulignait le nouveau joueur de Villeurbanne Ali Traoré.
Quai 54

Parmi les 16 équipes montées pour l’occasion, venues de France bien sûr, mais aussi d’Allemagne, de Belgique, de Suisse, d’Angleterre, et même des Etats-Unis, deux équipes sortaient du lot. L’équipe américaine, composée de joueurs professionnels dont certains ont évolué en Europe, était tenante du titre. Afin de ramener l’imposant trophée en France, deux précédents vainqueurs du tournoi (en 2004 et 2005) avaient décidé de fusionner leurs équipes et proposaient un effectif athlétique et équilibré, susceptible de faire saliver n’importe quel coach de Pro A (la première division française). Malgré une entame poussive, l’équipe française élevait son niveau de jeu au fil des tours. L’équipe américaine balayait quant à elle la concurrence et impressionnait tous les observateurs, sous les coups de boutoir de joueurs au surnom imagé, comme « The Beast », ou encore de l’aérien « Space Station ». Au terme de ces deux jours de fête, la finale tant attendue se profilait. Dans une ambiance tendue, les deux équipes se présentaient face à face, au milieu d’une foule toute acquise aux joueurs français et de plus en plus hostile à l’égard des Américains. Ceux-ci avaient en effet menacé de quitter le tournoi à la mi-temps de leur demi-finale, évoquant un arbitrage douteux. Mauvaise idée. Remontés comme des coucous, les Français harcelaient leurs adversaires. C’en était trop pour des New-Yorkais écoeurés qui décidaient de quitter les lieux sous les huées avant la fin du match. Les règles du basket de rue sont universelles, et les Américains les connaissaient. Avaient-ils des raisons de crier au scandale? Malgré la déception d’un public venu voir un vrai match, c’est vers une autre question que se tournaient les passionnés: les Américains reviendront-ils l’an prochain pour tenter de reconquérir le titre et alimenter ainsi la légende du quai 54 ?

Quai 54

Sujet réalisé pour Rue89.
Photos. Joseph Melin
Texte. Thibault Roy