Archives de catégorie : International

Caran d’Ache, mines d’art

De Picasso à Pef, en passant par Miró et Karl Lagerfeld, tous plébiscitent les crayons colorés de Caran d’Ache, maison suisse fraîchement centenaire.

Le secret le mieux gardé de Genève ? Loin des banques à gros sous, le savoir-faire d’une manufacture résiste ardemment à la délocalisation de ses crayons. A quelques centaines de mètres de la frontière française, ses bâtiments s’imbriquent comme des cubes au milieu d’un parking. Une fois passé la porte, c’est une autre histoire. Plaquée aux murs et placée sous vitrines, une collection de boîtes métalliques rutilantes dessine les courbes et les saillies du massif du Jura. Dans la région, tout le monde y va de son anecdote sur l’origine de ce nom. Karandash, « crayon » en russe, surnom du caricaturiste français Emmanuel Poiré (1858-1909) ou mot doux prononcé un jour par la maîtresse de l’un des fondateurs ? Peu importe. Près de 300 personnes participent avec discrétion au succès de la maison Caran d’Ache, née en 1915. Recherche, fabrication, emballage, tout est fait sur place… Suite

Texte. Gentiane Lenhard pour Le Parisien Magazine.

Le Vietnam, nouvel eldorado du chocolat

Marou Faiseurs de Chocolat est né du rêve un peu insensé de deux Français installés au Vietnam : créer à Hô-Chi-Minh-Ville, à partir d’ingrédients 100% locaux, un chocolat noir d’une très grande pureté, né de la rencontre de terroirs du sud Vietnam, et du savoir-faire des chocolatiers.
Samuel Maruta s’est lancé en 2011, avec Vincent Mourou, un Français rencontré lors d’un bivouac dans la jungle vietnamienne, dans la fabrication 100 % artisanale de chocolat. « La filière du café étant déjà très exploitée et comme nous sommes tous les deux fans de chocolat, quand on a découvert par hasard que le Vietnam produisait des fèves de cacao, on s’est dit ‘pourquoi pas ?' », raconte Samuel Maruta. Sans rien connaître à la technique requise pour travailler ces fameuses fèves, les deux compères, l’un ex-financier à la Société Générale et l’autre lassé du monde de la pub, ont commencé par transformer leur cuisine en laboratoire. A l’aide de vidéos sur YouTube, d’un four à gaz et d’un malaxeur, ils ont mis au point leur recette. Les voilà à la tête d’une fabrique de chocolat, située à Thu Duc, l’un des faubourgs d’Hô-Chi-Minh-Ville, qui produit 1000 tablettes par jour, soit deux tonnes de chocolat par mois. Leur chocolat, exclusivement noir, emballé à la main dans un papier kraft imprimé artisanalement, est vendu non seulement auprès des entreprises, hôtels et boutiques au Vietnam, mais aussi dans des épiceries fines des quatre coins du monde.

Des machines et des hommes

Reportage réalisé en collaboration avec le journaliste Julien Descalles.

La Maritza à ciel ouvert, cœur énergétique de la Bulgarie

Des 115 000 mineurs que comptaient la Bulgarie voici encore 25 ans, seuls 30 000 sont encore en activité aujourd’hui, dont 7 500 sous terre. Conséquence de l’automatisation d’un métier qui n’a guère plus à voir avec les gueules noires de Germinal. Dans la province de Stara Zagora, dans le sud du pays, les mines ouvertes de charbon de la Maritza témoignent de cette mutation. A son apogée, en 1999, 13 500 employés occupaient les 240 km2 des trois sites exploitées par les charbonnages d’état Mini Maritza Iztok ; ils ne sont plus que 7000. De quoi donner au lieu des airs de no man’s land occupé par les excavateurs à roue-pelle, grues, bulldozers, convoyeurs et autres empileurs.
Plus importantes mines à ciel ouvert de la péninsule balkanique, elles restent cependant indispensables à l’économie nationale. Ainsi les quelques 26 000 tonnes de lignite extraites l’an dernier ont non seulement fourni 32% de l’électricité du pays, mais aussi permis d’exporter du courant vers le réseau européen – avec plus de 10 milliards de kilowatts/heure livrés l’année dernière vers la Serbie, la Grèce, la Macédoine ou la Turquie. Concurrencées par l’émergence des énergies renouvelables et les deux réacteurs de la centrale nucléaire de Kozloduy, les mines ouvertes en 1952 restent cependant le « cœur énergétique de la Bulgarie ».

Chelopech, dans les entrailles de la terre

En 2013, les accidents de travail dans les mines bulgares ont coûté la vie à 14 personnes. Avec cinq travailleurs décédés à la suite d’un effondrement courant juillet, la concession privée d’Oranovo a payé le plus lourd tribut. Elle témoigne surtout du dilemme des mineurs : face au refus du propriétaire d’entreprendre des travaux de sécurisation, le Ministère de l’Economie avait ordonné sa fermeture cet été. Avant d’autoriser la réouverture en janvier, sous la pression d’un personnel privé de gagne-pain…
Il y a dix ans la mine fermée de Chelopech, situé à 70 km à l’Est de Sofia, était aussi un site vétuste, classé dangereux pour la sécurité et la santé. Pourtant, depuis huit ans, aucun accident mortel n’est à déplorer. Après avoir racheté ce site d’extraction d’or et de cuivre en 2003, la compagnie canadienne Dundee Precious Metals (DPM) a investi près de 280 millions d’euros dans sa modernisation. Point d’orgue des travaux : un réseau sans fil a été déployé dans 97% des souterrains. Grâce à la wifi, la salle de contrôles peut suivre le moindre déplacement des mineurs et des véhicules.
Chelopech ne délivre qu’un produit semi-fini. Le minerai est ensuite transporté par train et camions à Burgas, port de la Mer Noire avant de prendre la direction de… la Namibie et de la fonderie de Tsumeb ! Un choix dicté par les ONG environnementales bulgares, qui refusent que l’extraction de l’or et du cuivre ait lieu sur place. Celles-ci s’alarment de l’usage de composés de cyanure pour traiter des minerais déjà riches en arsenic, menaçant la santé des travailleurs et de la population.


Texte : Julien Descalles
Photos : Joseph Melin

La Bulgarie, terre d’accueil de réfugiés syriens

Reportage réalisé en collaboration avec le journaliste Julien Descalles, publié dans l’édition du soir de Ouest-France en mars 2014.

Le pays le plus pauvre d’Europe a vu affluer ces six derniers mois onze fois plus de migrants, en majorité syriens, qu’en 2012. Après avoir risqué une crise humanitaire, la réouverture et la rénovation de bâtiments désaffectés, la mobilisation des ONG et l’aide financière de l’UE ont permis une légère amélioration des conditions d’accueil.

« Depuis notre arrivée en Bulgarie, ma fille aînée me répète que j’ai perdu son avenir. C’est vrai qu’ici, il n’y a rien à faire, qu’on est les uns sur les autres, que c’est sale, mais au moins on est en sécurité. En Syrie, on risquait tous les jours notre vie ou l’enlèvement. » Institutrice, Azab Zawhiri a fui Homs avec ses six enfants en septembre dernier, pour échapper à la fois à la répression du régime et aux menaces de mort des rebelles islamistes du front Al-Nosra. Un mois plus tard, après la traversée de la Turquie, la famille gagnait la Bulgarie, décrétée par les passeurs porte d’entrée la moins chère de l’eldorado européen. Soit, en moyenne, 500 dollars par personne.
Une fois la frontière franchie, les Zawhiri ont ainsi échoué au camp de Vrajdebna, à proximité de l’aéroport de Sofia. Soit une ancienne école désaffectée et rouverte à la hâte pour accueillir près de 400 migrants depuis l’automne. Dans chacune des salles de classe, six familles s’entassent, matelas au sol et draps dressés sur des cordes à linge pour préserver une fragile intimité. L’hygiène, elle, est insuffisante : l’eau chaude manque régulièrement, les toilettes ne sont pas assez nombreuses.

« On croyait avoir rallier l’Union européenne mais en fait, il n’y avait rien. Pas de nourritures, pas d’aide médicale, une douche tous les dix jours… Et cinq mois après, on est toujours ici à attendre », se désole Azab. Qui pour subvenir à ses besoins, n’a longtemps pu compter que sur le versement d’une pension de 32 euros par mois et la générosité locale. Colis de nourriture, vêtements, couches, ustensiles ménagers ou encore médicaments sont ainsi régulièrement distribués par la Croix-Rouge bulgare, les « Amis des réfugiés », groupe de bénévoles constitué sur Facebook ou la communauté syrienne bulgare.

Car depuis l’été 2013, le pays le plus pauvre de l’U.E fait face à une vague de migration inédite : en six mois, 11 000 migrants, en majorité syriens et kurdes, ont afflué, contre un millier les années précédentes. Mal préparées, les autorités bulgares et les 1 200 places d’accueil du pays ont rapidement été dépassées. A l’instar du centre de Vrajdebna, six autres garnisons ou écoles à l’abandon ont donc été rouvertes à la hâte.

Pourtant, après les coups de semonce du Haut commissariat pour les réfugiés et des ONG au début de l’hiver, la situation s’est peu à peu améliorée. A commencer par ces deux repas chauds – une popote peu ragoûtante préparée par l’armée bulgare –servis dans l’ensemble des centres d’accueil.



A Harmanli, à une quarantaine de kms de la frontière turque, la mue est ainsi en cours. « Au début, il y a eu beaucoup d’improvisation. Le pays manque d’expérience en matière d’accueil des migrants, tout était délabré, mais aujourd’hui, les conditions de vie sont moins précaires », souligne Denitsa Dimitrova, responsable régionale de la Croix-Rouge bulgare. Au centre le plus important du pays avec 1 200 pensionnaires, les toiles de tente et les matelas hors d’âge des premiers mois ont disparu, remplacés par 76 préfabriqués chauffés et des lits de camp. 150 familles y ont emménagé, les autres résidents trouvant refuge dans les trois bâtiments de cette ancienne caserne militaire.

Grâce aux fonds de soutien alloués par l’UE – 5,6 millions d’euros -, des travaux de rénovation y ont été lancés : les fenêtres en PVC ont succédé aux carreaux cassés, tandis que des douches supplémentaires et un lavoir sont en cours de construction. Dans l’une des bâtisses, des chambres individuelles dédiées aux mères célibataires, voient le jour. Les toilettes mobiles se sont multipliées, et une permanence médicale a été installée.

« Le lieu n’a rien à voir avec les premiers jours, se réjouit Rasheed, guide touristique à Damas, débarqué dans les Balkans en octobre. Il y a le chauffage, l’électricité, bien sûr, mais aussi des cours de maths et d’anglais assurés par des réfugiés. » De quoi tromper l’ennui dans un camp où les parties de foot ou de cartes restent les principales – les seules ? – distractions.

« Surtout, on ne vit plus aujourd’hui en prison : tout le monde a désormais sa « Green Card », qui permet de quitter le camp durant la journée. » témoigne Rasheed. Une première étape vers le statut de réfugié, ouvrant l’accès à toute l’Union européenne. « Pour la très grande majorité, la Bulgarie n’est qu’une étape. Ici il n’y a pas le moindre travail pour les nationaux, alors imaginez pour nous…  », soupire Ahmad, électricien de 26 ans en route pour Londres. Parmi les destinations les plus prisées des migrants : Royaume-Uni, Allemagne et Suède. Après des mois de flou administratif, la procédure semble d’ailleurs s’accélérer. Selon l’Agence nationale des réfugiés, dont le personnel a été multiplié par deux, 675 statuts auraient été accordés depuis le début de l’année.

Mais pour le gouvernement, la gestion de la crise semble également passer par une fermeture des frontières. Mises sous pression par la formation d’extrême-droite Ataka et une partie de la population sur « le qui-vive », selon le mot de deux habitantes d’Harmanli, les autorités ont décidé de la construction d’une clôture de 30 kms le long de la frontière bulgaro-turque. Livraison attendue courant mars.

Texte : Julien Descalles
Photos : Joseph Melin

Ernest se met au bodybuilding

Le magazine Ernest publie le sujet Le bodybuilding, une sorte de liberté réalisé en compagnie du journaliste Simon Pittet dans son édition hiver 2014 spécial sport.

Ernest hiver 2014

Ernest hiver 2014

Ernest hiver 2014

Avis de tempête sur les chantiers navals

Chantier naval en Croatie

Chantier de construction navale Uljanik à Pula (Croatie).

C’était l’une des conditions d’adhésion de la Croatie à l’Union européenne, qui est devenu le 28ème Etat-membre le 1er juillet 2013 : restructurer ses chantiers navals afin de réduire la capacité totale de production et d’en finir avec des subventions publiques faussant la concurrence. Pour satisfaire aux exigences de Bruxelles, quatre des six sites du pays ont donc été mis en vente. « C’est un vrai ultimatum de la part de l’Europe et du gouvernement : au 1er juillet, c’est soit la privatisation, soit la liquidation témoigne, amer, Dino Sverko, président du syndicat du chantier Uljanik, à Pula. C’est un prix lourd à payer pour sauver notre tradition. » Sur le littoral adriatique, la construction maritime reste un fleuron de l’industrie nationale, représentant près de 5% du PIB et 11% des exportations croates. Et surtout plus de 10 000 emplois directs et près de 25 000 chez les fournisseurs d’équipements et de matières premières. Mais c’est aussi un secteur sous perfusion, coûtant près de 180 millions d’euros par an à l’Etat et subissant de plein fouet la concurrence asiatique (Corée du sud, Viêt-Nam, Chine…), avec des pertes accumulées estimées à 1,37 milliard d’euros. Pour l’heure, deux des quatre chantiers mis en vente, Brodosplit et Brodotrogir, ont d’ores et déjà trouvé preneurs, tandis que celui de Kraljevica, vieux de 300 ans, a dû fermer ses portes l’an dernier. Quant au dernier, le 3M Maj de Rijeka, il aspire à être repris par Uljanik. « A la fois par solidarité pour notre voisin d’Istrie, mais aussi par intérêt commercial, pour pouvoir accueillir des navires plus grands », explicite Dino Sverko. Mais là encore, la transition ne se fera pas sans casse : le projet prévoit la suppression de 500 des 2300 postes actuels.

Texte : Julien Descalles
Photos : Joseph Melin

Chantier naval en Croatie

Cela fait partie du folklore d’Uljanik : afin de faciliter les trajets d’un atelier à l’autre, chaque employé dispose de sa propre bicyclette.

Chantier naval en Croatie

Chantier de construction navale Brodosplit à Split (Croatie). Ivica Vukucic, ouvrier à la découpe d’acier depuis 11 ans à Brodosplit.

Chantier naval en Croatie

Avec ses 56 Ha et ses trois docks de construction, le chantier peut accueillir des projets aux dimensions les plus démesurés, soit des bateaux de près de 300m de longueur, contre seulement 150 à Pula. Reste alors à défier la gravité pour assurer le transport de pièces pesant jusqu’à 30 tonnes.

Chantier naval en Croatie

Assemblage d’un porte-conteneurs.

Chantier naval en Croatie

Depuis le moulage des pièces de moteurs au pavillon de fonderie jusqu’à la livraison finale du navire, une année aura passé.

L’union fait la force

Dix ans après avoir posé sa candidature, la Croatie devient le vingt-huitième Etat membre de l’Union européenne. Une décennie durant laquelle les gays ont profité de la volonté d’ouverture du pays et de la pression exercée par Bruxelles. Mais le pouvoir de nuisance des nationalistes et d’une Eglise conservatrice reste fort… Sujet à découvrir dans le magazine Têtu de juillet-août 2013 réalisé en collaboration avec le journaliste Julien Descalles.

Tomislav Ladisic et Ljubomir Mateljan, 30 ans, militant pour les droits des LGBT à Split

Tomislav Ladisic, 22 ans, étudiant en cinéma et Ljubomir Mateljan, 30 ans, designer, coordinateurs de l’association Rispet, militant pour les droits des LGBT à Split en Dalmatie (Croatie).

Edo Bulic et Gordan Duhacek

Edo Bulic, coordinateur de l’association LGBT Iskorak et Gordan Duhacek, journaliste culturel et militant LGBT, à Zagreb en Croatie.

Tadoussac

Tadoussac est un village situé au Québec (Canada), à l’embouchure de la rivière Saguenay. L’eau froide de la rivière se jette dans le fleuve Saint-Laurent. L’estuaire atteint 340 mètres de profondeur, permettant aux plus grands mammifères marins de venir se nourrir l’été dans ces eaux fertiles où se mélangent faune et flore d’eau douce et d’eau salée.

Tadoussac

Estuaire de Tadoussac.

Tadoussac

Baleine à bosse en plongée.

Tadoussac

Lac près de Tadoussac.

Medjugorje, le Lourdes bosnien

Medjugorje est un hameau bosnien situé dans une région montagneuse frontalière de la Croatie. Devenu lieu de pèlerinage suite à des apparitions de la Vierge Marie en 1981, Medjugorje accueille désormais près de 2,3 millions de catholiques chaque année. Ces apparitions ne sont pas reconnues par la Vatican qui a mis en place en 2012 une commission d’enquête chargée de déterminer leur « réalité ». En attendant, les pèlerins continuent de gravir le mont Krizevac, l’un des passages obligés du pèlerinage.
Le village sans eau potable hier est devenu un véritable centre d’affaires religieuses. Dans l’église nouvellement construite, les messes se succèdent en près de seize langues tandis que le commerce est florissant : la capacité hôtelière explose et les boutiques de souvenirs se multiplient.

Medjugorje, le Lourdes bosnien.

Medjugorje, le Lourdes bosnien.

Medjugorje, le Lourdes bosnien.

Voir Varanasi et mourir

Située dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, Varanasi est la plus sacrée des sept villes saintes d’Inde.
Cette ancienne cité accueille chaque année de nombreux pèlerins qui viennent se laver dans le Gange quotidiennement à l’instar des habitants. Des hindous viennent également y attendre la mort. Mourir à Varanasi permettrait d’atteindre le « moksha », la libération du cycle des réincarnations. Les cendres du défunt sont alors immergées dans le fleuve.

Un homme rame à bord d’une barque sur le Gange et regarde au loin la ville de Varanasi.