Un compact pour le reportage

Travailler quotidiennement avec un appareil photo reflex accompagné des ses optiques et des accessoires (flash, batteries…) donne souvent envie de revenir à une photographie plus « épurée ».
Un petit appareil photo est un très bon moyen pour adopter une nouvelle approche à travers ses reportages.

La discrétion est la principale qualité d’un compact grâce à un poids et un volume réduits ainsi qu’un bruit au déclenchement généralement assez faible (voire nul). Le photographe bénéficie donc d’une plus grande facilité d’approche. Alex Majoli de l’agence Magnum a ainsi réalisé des reportages de très grande qualité avec de simples compacts numériques Olympus.
Un autre avantage est qu’il est facile de garder cet appareil avec soi au quotidien et de disposer à tout moment d’un appareil de qualité, pour l’instant toujours plus qualitatif qu’un téléphone portable (n’en déplaise à Chase Jarvis…).
Les fameux Leica M chers à Henri Cartier-Bresson et Raymond Depardon remplissaient toutes ces exigeances. Le Leica M9, premier Leica M numérique 24×36 récemment annoncé, paraît être parfait pour ce type d’utilisation mais son prix dissuade (environ 5000 euros sans optique…).
De nombreux photographes partaient en reportage avec leurs lourds appareils photo mais également un petit et peu cher Olympus Mju chargé en film inversible. Aujourd’hui les Mju existent toujours en numérique mais ils ont de sérieux concurrents.

Equipé en matériel Canon, j’avais acheté un compact numérique Canon Powershot G10 avec un caisson étanche l’année dernière afin de réaliser plus facilement des photographies en piscine. Cet appareil m’a permis de réaliser des images sans avoir à obtenir des autorisations de prise de vue. J’ai donc pu poursuivre mon travail sur «le goût du chlore» avec une logistique réduite.
Les menus et l’ergonomie sont très proches des reflex de la marque. L’appareil permet la création de fichiers RAW que je traitais sous Lightroom.

Photographie de land art réalisée avec un compact Canon G10.


Malheureusement, il n’est pas dénué de défaut. Son capteur de 14 Mpix ne supporte pas une sensibilité de plus de 400 ISO sans une montée de bruit très importante.
Son viseur optique est tout simplement catastrophique, imprécis et minuscule. La finition est certes exemplaire, l’ergonomie satisfaisante, l’autonomie importante, je n’ai pas pris beaucoup de plaisir à utiliser cet appareil finalement assez imposant pour un compact.

Son remplaçant annoncé, le Canon G11, corrige quelques défauts avec un écran orientable et un capteur « allégé » de 10 Mpix, permettant une meilleur qualité photo en haute sensibilité. Cependant, cette mise à jour plutôt légère ne m’a pas convaincu et j’ai décidé d’opter pour un autre compact récent : le Ricoh GR Digital III.

Ricoh GRD III

Cet appareil est très différent du G10 et de ses concurrents. Plusieurs caractéristiques font de lui un boîtier très « typé » :
– Son optique est une focale fixe très ouverte 28mm f/1.9, il n’a donc pas la facilité d’utilisation permise par un zoom. Il n’a pas non plus de stabilisateur, ce qui est par contre clairement un défaut.
– Le capteur serait le même que le Canon G11 (les petits capteurs sont fabriqués en majorité par Sony et revendus aux autres marques). Ses fichiers de 10 Mpix restent donc raisonnables. Les photographies sont exploitables jusqu’à 800 ISO. Les fichiers RAW créés sont des DNG, un format raw Adobe pratique car plus ouvert que les CR2 Canon ou les NEF Nikon.
– Le choix de format est intéressant. Le capteur est de taille 4:3 mais vos fichiers peuvent être directement taillés en 3:2 (équivalent au 24×36) ou 1:1 (carré). Fini, le recadrage systématique sous Lightroom…
– Le boîtier est très compact, beaucoup plus que le Canon G10 mais sans visée optique. Un viseur optionnel (GV-2) est vendu par Ricoh, il est en fait indispensable. L’écran est fixe mais sa définition est très bonne.

Viseur Ricoh 28 mm GV-2

La visée est primordiale, certains photographes apprécient la visée par écran. Personnellement je préfère, et de loin, un viseur optique. J’avais acheté un viseur 28 mm pour mon G10 mais ça ne m’avait pas vraiment convaincu. Le photographe Jean-François Vibert a fait ce même choix et en parle sur son blog.
– Les menus sont clairs, austères mais efficaces comme le boîtier, bien construit, même si Ricoh n’a pas une excellente réputation en ce domaine. L’ergonomie est exemplaire, deux molettes permettent en mode manuel de gérer l’ouverture et la vitesse d’obturation. De nombreux reflex n’ont pas cet atout.
– La batterie a une bonne autonomie. Je préfère quand même toujours avoir une deuxième batterie chargée dans la poche au cas où. L’appareil permet en plus d’utiliser des piles AAA en cas de besoin, ce qui est toujours appréciable.
– Le rendu en couleur est bon (légère dérive magenta corrigée directement dans les menus) et le noir et blanc est magnifique. C’est d’ailleurs pour l’instant avec ce rendu que sont réalisées la plupart de mes photographies avec ce compact.

Un choix d’appareil photo reste très subjectif, en fonction du style du photographe et de ses priorités.

Les concurrents sont nombreux sur le marché des compacts dit « experts » et j’ai hésité entre ces différents boîtiers avant de me décider (là-encore, un choix subjectif qui ne prend pas en compte la qualité vidéo par exemple) :
– Le Canon Powershot G11, un appareil photo à la limite du compact de par sa taille. Il bénéficie d’une bonne finition, une qualité d’image intéressante avec une bonne optique et un capteur en nette amélioration, un des seul à bénéficier d’un écran orientable.
– Le Canon PowerShot S90, annoncé en même temps que le Canon G11, il reprend le même capteur avec un zoom plus ouvert en grand angle. Il est plus compact mais perd la visée optique et n’a pas de griffe flash pour un viseur externe.
– Le Leica X1, annoncé en même temps que le Leica M9, un compact avec un capteur de grande taille et une focale fixe de 35 mm f/2.8. Prix Leica : 1550 euros…
– Le Panasonic Lumix DMC-GF1, un appareil à objectif interchangeable équipé d’un capteur micro 4:3 (une bague permet d’y monter des optiques Leica M ou R). Il existe également dans la même catégorie l’Olympus Pen E-P1 à l’autofocus et l’esthétique (avis très personnel) moins aboutis.
– Le Panasonic Lumix LX-3, un appareil de bonne qualité avec un zoom très ouvert, démarrant à 24 mm.
– Les Sigma DP1s (mise à jour du DP1) et DP2, des appareils très particuliers qui utilisent une focale fixe de 28 mm pour le premier et de 40 mm pour le second associées à un capteur Foveon de grande taille qui permet d’obtenir des images de très bonne qualité. Malheureusement, ces appareils sont décevants notamment pour leur réactivité et un écran de piètre qualité.
La qualité des compacts s’est beaucoup améliorée ces dernières années. Il m’arrive d’ailleurs souvent de glisser des photographies réalisées au compact dans des reportages, personne ne le remarque. Un temps délaissé, le créneau des compacts « experts » est en train de redevenir une priorité pour de nombreuses marques.

Appréhender un reportage avec ce type d’appareil permet une approche plus facile pour le photographe comme la personne photographiée, la discrétion étant un atout important. La légèreté de ces appareils offre une plus grande mobilité (ce qui peut servir durant une manifestation par exemple). La qualité d’image approchant celle des reflex jusqu’à 400 ISO, un compact peut même se révéler un précieux appareil de secours en cas de défaillance de son boîtier principal.

suite de l’article : un compact pour le reportage : le Canon S95