Les rebonds du Quai 54

Ce week-end se tenait au Stade Georges Carpentier le désormais incontournable tournoi du Quai 54. Sur un terrain bitumé en extérieur spécialement préparé pour l’occasion, les acteurs ont fédéré plusieurs milliers d’amateurs de hip-hop et de basket de rue.

Quai 54

Cette sixième édition a repris les ingrédients qui font de l’événement instauré par Hammadoun Sidibé le tournoi du genre le plus côté en Europe et l’un des plus connus au monde. La logistique était confiée à des dizaines de bénévoles, associés au savoir-faire de la marque Nike (par l’intermédiaire de son omniprésente filiale Jordan Brand). Néanmoins, l’organisation générale n’a pas toujours été à la hauteur (queue interminable pour entrer dans l’enceinte ou pour se sustenter, jauge des tribunes largement dépassée, horaires peu respectés), mais a contribué à l’excellente ambiance générale laissée par ce que l’on pourrait définir comme une grande kermesse hip-hop. De nombreux concours (danse, un contre un, jeux variés) ont contribué à divertir la foule, à laquelle s’étaient joints quelques grands noms du rap , venus parrainer les équipes (Pit Baccardi, Manu Key), chanter (Kery James) ou encore animer le week-end (Mokobé). L’événement le plus attendu, le concours de dunk, organisé par Kadour Ziani, légende vivante du genre, voyait la foule s’enflammer pour les sauts de Kevin Kemp, un américain aux capacités athlétiques ahurissantes, vainqueur du Français Guy Dupuis.
Sur le terrain, la bataille fut âpre, engagée, et parfois à la limite. De nombreux joueurs professionnels côtoyaient des amateurs de haut niveau, qui avaient tous à coeur de prouver leurs qualités, dans des matches couperets. Pas de droit à l’erreur donc, en conséquence de quoi on put assister dès les premières joutes à un combat physique impressionnant (le plus grand joueur, le nigérien Aboubacar Zaki, culmine à 2,14m), ultra spectaculaire et tenu par des arbitres officiant habituellement au plus haut échelon du basket national. Il fallait bien cela pour canaliser les ardeurs de compétiteurs venus pour obtenir « la reconnaissance de la rue », comme le soulignait le nouveau joueur de Villeurbanne Ali Traoré.
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Parmi les 16 équipes montées pour l’occasion, venues de France bien sûr, mais aussi d’Allemagne, de Belgique, de Suisse, d’Angleterre, et même des Etats-Unis, deux équipes sortaient du lot. L’équipe américaine, composée de joueurs professionnels dont certains ont évolué en Europe, était tenante du titre. Afin de ramener l’imposant trophée en France, deux précédents vainqueurs du tournoi (en 2004 et 2005) avaient décidé de fusionner leurs équipes et proposaient un effectif athlétique et équilibré, susceptible de faire saliver n’importe quel coach de Pro A (la première division française). Malgré une entame poussive, l’équipe française élevait son niveau de jeu au fil des tours. L’équipe américaine balayait quant à elle la concurrence et impressionnait tous les observateurs, sous les coups de boutoir de joueurs au surnom imagé, comme « The Beast », ou encore de l’aérien « Space Station ». Au terme de ces deux jours de fête, la finale tant attendue se profilait. Dans une ambiance tendue, les deux équipes se présentaient face à face, au milieu d’une foule toute acquise aux joueurs français et de plus en plus hostile à l’égard des Américains. Ceux-ci avaient en effet menacé de quitter le tournoi à la mi-temps de leur demi-finale, évoquant un arbitrage douteux. Mauvaise idée. Remontés comme des coucous, les Français harcelaient leurs adversaires. C’en était trop pour des New-Yorkais écoeurés qui décidaient de quitter les lieux sous les huées avant la fin du match. Les règles du basket de rue sont universelles, et les Américains les connaissaient. Avaient-ils des raisons de crier au scandale? Malgré la déception d’un public venu voir un vrai match, c’est vers une autre question que se tournaient les passionnés: les Américains reviendront-ils l’an prochain pour tenter de reconquérir le titre et alimenter ainsi la légende du quai 54 ?

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Sujet réalisé pour Rue89.
Photos. Joseph Melin
Texte. Thibault Roy